Le poète d'Arnaga

 

Edmond Rostand n'est pas très satisfait de la représentation de «L'Aiglon» qui, bien accueilli, n'atteint pas le plus grand triomphe du théâtre français «Cyrano de Bergerac» (1). Énervé, fatigué, couvert de sueur, il s'est alité le soir de la première. Les médecins ont diagnostiqué une congestion pulmonaire. Le poète devra garder le lit plusieurs semaines.

Rosemonde Gérard veille sur son grand homme et Sarah Bernard vient, régulièrement, lui détailler la soirée. Hors de danger, le docteur Grancher conseille les Pyrénées et notamment la région de Cambo. Au début de juillet 1900, Rosemonde signe un engagement de location de la villa «Etchegorria» dans la petite ville de cure. En octobre, la famille Rostand s'installe à Cambo-les-Bains.

Les enfants Maurice et Jean apprécient le jardin aux fleurs nouvelles, pour eux, bercées par un vent du sud qui découvre des Pyrénées aux bleutés infinis. Loin de la vie parisienne, le poète s'ennuie, travaille mollement et, peu à peu, s'éprend de cette demeure de style Louis XV où l'on accède par une allée bordée de chênes et de sureaux qui s'évase devant une terrasse blanche à ciel ouvert. Rostand y reçoit Jean Coquelin, Jules Renard, des amis curieux, les acteurs de ses pièces et des journalistes qui traversent le pays pour prendre les avis du maître sur l'activité culturelle.

Lui, ne veut plus lire les critiques de la capitale. Rosemonde se charge de la lecture des journaux et du compte rendu aseptisé à son mari. Au printemps 1902, il décide d'effectuer des sorties à cheval sur Zobéïde, sa jument blanche. C'est bon pour ses poumons et c'est aussi le moyen de rechercher un emplacement pour bâtir une villa à la mesure de son génie dans ce pays qui l'a conquis. À Paul Faure, il confie qu'il affectionne tellement ce pays Basque qu'il doute de pouvoir y travailler sérieusement.

Un jour, sur la route de Bayonne, près de la ferme des «Trois Croix», il découvre une colline recouverte de chênes, de hautes fougères, de ronces et d'herbes sauvages. Ce sera là. Un vaste plateau surplombe la vallée de la Nive, face aux monts Hartzamendi, Ursuya et Mondarrain. Il voit, déjà, un magnifique jardin «à la française». Derrière, en contrebas, coule le ruisseau l'Arraga. On baptisera le petit «château» : Arnaga.

Le 4 juin 1903, tout le monde veut entendre le poète, héritier de Victor Hugo et des romantiques, qui d'une voix sonore lit, comme Sarah, son brillant discours d'entrée à l'Académie française. Mais les travaux d'Arnaga n'avancent pas. Les tapissiers, les entrepreneurs et les sculpteurs sont furieux de devoir, toujours, recommencer leurs travaux.

Enfin, au mois de janvier 1906, les Rostand aménagent au «château». Autour de lui, le moulin, la pièce d'eau, digne de Versailles et la pergola, la fontaine, le parc, l'orangerie et les arceaux aériens composent un décor de rêve. Les rhododendrons rose pâle et fushia se dressent fièrement pour éblouir Chantecler.

(1) «Edmond Rostand» - 3 tomes : "Cyrano et l'Aiglon", "Cambo Arnaga et Chantecler", "La nuit et la lumière" - Jacques Lorcey - Editions Atlantica Séguier, à Biarritz - mars 2004.

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