Les Officiers vicquois
sous le règne de Louis XIV

 

Présentation

Sur le livre terrier de 1631, Vic-en-Bigorre regroupe 452 “feux” répartis sur neuf “dizaines” ou quartiers, soit en moyenne 2300 habitants durant la deuxième partie du XVIIe siècle.Après la mort de Mazarin, en 1661, le roi Louis XIV gouverne seul. C’est le moment choisi par les familles de la bourgeoisie vicquoise pour diriger leurs rejetons mâles vers le métier des armes, principalement dans le corps de l’infanterie qui jouit, alors, d’un prestige supérieur à celui de la cavalerie. On compte jusqu’à 90 officiers de tous grades qui font de Vic-en-Bigorre une cité à l’esprit patriotique à fleur de peau et qui demeure un phénomène social unique dans l’histoire des villes du comté de Bigorre.Outre les militaires en activité, Vic-en-Bigorre tient quatre compagnies bourgeoises prêtes à manœuvrer qui font l’exercice les jours de fête et sont commandées par quatre capitaines expérimentés.

En novembre 1663, la première compagnie du régiment royal de Vic est commandée par le capitaine Pierre Laclotte, fils de notaire et “homme d’esprit et de belle figure”. Avant sa mort, le cardinal Mazarin lui a offert de prendre la tête d’une compagnie du roi. Il n’accepte pas cette faveur. Il le regrettera car “la fortune lui sera contraire le reste de ses jours” affirme Emile Lacassin, l’auteur des “Annales de Vic-Bigorre”.

La deuxième compagnie est commandée par le capitaine Cazenave, seigneur de Silhac. La troisième par le capitaine Darmagnac de Lavedan, seigneur de Horgues et la quatrième par le capitaine Monlezun, seigneur de Peyrun.

Ce régiment vicquois aurait pu connaître la gloire du champ de bataille. L’une de ses compagnies reçut l’ordre de marche. Pujo-Labatut prit son commandement et Monlezun, fils du précédent, qui avait servi en tant qu’officier dans les régiments du Laonnais et de Louvigny en fut le lieutenant. Mais pendant le déplacement de la colonne, la compagnie reçut, hélas, un contre-ordre et l’on rentra déçu à Vic-en-Bigorre.

La campagne de Hollande (1672-1678) se fit durement sentir dans le pays. La coalition formée par l’Espagne, l’Angleterre, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Savoie et le Portugal, dite Grande alliance de La Haye, épuisa l’armée de Louis XIV, pourtant victorieuse. En janvier 1674, deux vicquois lèvent chacun une compagnie dans la ville. Ils enrôlent de gré ou de force tous les jeunes capables de porter les armes. Mais le maréchal d’Albret, gouverneur de Guyenne, est alerté et ordonne de poursuivre ceux qui ont décidé ces enrôlements forcés.

L’esprit patriotique qui règne en ville n’est plus à démontrer mais il atteint son paroxysme dans la période 1687-1697, au moment ou Louis XIV fait la guerre à la Ligue d’Augsbourg regroupant l’empereur germanique, les princes allemands, l’Espagne, la Suède et Guillaume d’Orange, futur roi d’Angleterre. Après la révocation de l’édit de Nantes, en 1685, les protestants ont proclamé une coalition générale de leurs fidèles contre le roi de France.

À l’instar de Louis “Le Grand” qui affirme sur son lit de mort avoir trop aimé la guerre pendant quarante-sept années (1667-1714), les familles de la bourgeoisie vicquoise ont vu dans le métier des armes, la possibilité d’accéder à la notoriété sociale et, rêve secret, de décrocher un jour le cordon rouge de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis pour faire coucher leurs fils dans le lit de la noblesse. Cette croix, tant convoitée, fut créée par Louis XIV, en avril 1693.

 

Les Officiers vicquois du comté de Bigorre

 

Laurent de Trebons

 

Enseigne du premier corps des mousquetaires du Roi, maître de camp, commandeur de l’ordre militaire de Saint-Louis, Laurent de Trebons sert fidèlement pendant cinquante ans dans cet illustre corps. Blessé d’un coup de mousquet, au siège de Mons en mars 1691, il prend la défense d’une demi-lune sans attendre les ordres et la défend malgré la perte d’une troupe d’élite des mousquetaires. Très affecté par cette perte, le Roi fait mettre Trébons aux arrêts pour désobéissance. Et puis la réputation du vicquois, si longuement acquise à son service, le sauve dans l’esprit du monarque qui lui fait l’honneur de le visiter à l’abbaye de Saint-Lô et le gratifie de pensions. Colonel de cavalerie, commandeur de l’ordre de Saint-Lazare, il épouse dame Damadis. Sa fille Françoise devient la femme du sieur de Grainville, subdélégué des maréchaux de France. Il décède à Vic-en-Bigorre, le 6 octobre 1722, à l’âge de 88 ans.

Il était fils d’Arnaud Trebons ou Tribons, capitaine au régiment des miniers, qui assassina Jacques Ugues, seigneur de Clarac, et qui fut gracié dans des circonstances extraordinaires. L’exécuteur testamentaire de Laurent Trebons est son ami Guillaume de Labordenne.

 

Guillaume de Labordenne

 

Guillaume Lafargue de Labordenne est reçu dans la première compagnie des mousquetaires du Roi, en 1688. Il participe aux sièges de Mons et de Namur, en juin 1692, lors de la guerre contre la Ligue d’Augsbourg (1688-1697) composée de l’empereur germanique Léopold Ier, des princes allemands, de l’Espagne, la Suède et Guillaume de Nassau, prince d’Orange, stathouder protestant des Pays-Bas. Il y obtient pension du Roi et la croix de Saint-Louis qui récompense la valeur guerrière. Ensuite, il passe au régiment des gardes françaises. Il y est reçu sous-lieutenant puis lieutenant des gardes. Il s’expose beaucoup et sa bravoure lui vaut l’estime de son colonel Antoine III, duc de Gramont, maréchal de France et celle des officiers des deux illustres corps : mousquetaires et gardes françaises où il y servira pendant trente ans.

En 1698, les frères Montesquiou, seigneurs d’Artagnan, sont l’un, lieutenant général et l’autre, lieutenant des mousquetaires. Ils cherchent à échanger une de leurs terres qu’ils donneront à Versailles contre l’achat du domaine royal vicquois qui est composé des terres nobles de Baloc, Saubanha, La Dieuzaide, La Navarrerie, La Serre et les Marties acquises par la commune aux XIVe (Baloc), XVe (Saubanha) et XVIe siècle pour les suivantes. C’est l’émotion dans Vic où il n’est aucunement question d’être soumis à un seigneur particulier.

On s’adresse alors à Laurent Trébons et à Jean-Pierre de Labordenne, frère de Guillaume, prêtre, prieur commendataire d’Arques et premier aumônier des mousquetaires. L’affaire est d’importance. Une longue négociation s’engage avec Louis Phelypeaux, comte de Pontchartrain, ministre et secrétaire d’État et les seigneurs d’Artagnan. Les émissaires des vicquois expliquent à M. le Ministre qu’il y a plusieurs officiers vicquois au service de Sa Majesté et qu’il serait disgracieux pour eux d’être sous la main d’un d’Artagnan quand ils prendraient leur retraite chez eux. On lui remet une liste de noms d’officiers qui le laisse admiratif. Il leur accorde sa protection auprès du Roi et la préférence pour l’acquisition du domaine royal. En bon diplomate, M. de Pontchartrain obtient pour les ambitieux d’Artagnan le droit de pêche et de chasse sur le terroir de Baloc circonvoisin et tout rentre dans l’ordre.

Pour remerciement, Guillaume de Labordenne est nommé gouverneur de Vic-en-Bigorre, en 1699, car toute ville close doit avoir un gouverneur. Cette charge de gouverneur bénéficie de privilèges. Elle sera rapidement payée par la communauté vicquoise et donne droit à toutes les exemptions fiscales dont les principales sont la capitation, depuis 1695 et le dixième, sur les revenus fonciers et commerciaux, après 1710. Ces deux impôts touchent l’ensemble des habitants de la commune, sans exception aucune. Guillaume de Labordenne décède à son poste, le 13 mars 1750, à l’âge très respectable pour l’époque de 90 ans.

 

Trois lieutenants-colonels

 

Jean Junca-Lasmues est lieutenant-colonel de Dragons dans le régiment de René de Froulay, maréchal de Tessé. Il devance tout le monde lorsqu’il s’agit d’acheter fort cher, 8000 livres, l’office de maire de Vic-en-Bigorre, le 27 août 1692. Il y a de la concurrence pour obtenir ce poste qui offre de multiples avantages. Le maire est député de la communauté villageoise à l’assemblée des États. Il jouit du titre et privilèges de la noblesse s’il exerce pendant une période de vingt ans et ses descendants jouiront des mêmes avantages s’il décède dans l’exercice de sa fonction. Il prend le pas sur tous les autres magistrats de la ville. Il est exempt de tutelle, de la Taille, du guet et de la garde, du service du ban et de l’arrière-ban, des droits d’octroi et, surtout, du logement des gens de guerre. En résumé, de toutes charges et contributions. Dernier avantage décisif, il s’agit d’avancer le capital demandé qui sera donné au Roi, mais il sera remboursé, peu à peu, par la commune. Cette créance est privilégiée et prioritaire sur toutes les autres. Les gages annuels sont de l’ordre du 1/25e du capital, soit 320 livres. Jean Junca-Lasmues occupe sa fonction jusqu’en mars 1717, date où la Bésiau (assemblée communale) décide de racheter sa charge, à raison de 1000 livres par an. Les premiers consuls élus prendront dorénavant le titre de maire, à tour de rôle.

Costabadie, lieutenant-colonel au régiment de Charolais, est chevalier de l’ordre de Saint-Louis. Il s’éteint à l’âge de 90 ans.

Jacques de Cazenave, aîné, sert comme mousquetaire du Roi durant la guerre que fit le maréchal de Luxembourg.

Guillaume Cazenave, le deuxième frère, commence son service en 1687, à l’académie des cadets de Tournai, en Flandre. Il est lieutenant dans le Piémont et reçoit un coup de mousquet au siège de Montmélian, en Savoie. Le Roi lui accorde une compagnie dans Gâtinais et, ensuite, celle des grenadiers. Il obtient une pension avec la croix de Saint-Louis. Puis, il est fait lieutenant-colonel de ce même régiment. Il suit dans toutes les batailles d’Italie Nicolas de Catinat, seigneur de Saint-Gratien, commandant en chef de l’armée de Piémont et Louis Joseph de Bourbon, duc de Vendôme. En leur absence, les deux chefs lui confient 3000 hommes dans la vallée de Queyras. À la Régence, il est lieutenant du Roi, à Philippeville.

Jacques Cazenave, le troisième frère, seigneur de Silhac, dit capitaine Saint Jean, est tué à la tête du régiment de Tessé-Dragons d’un coup de mousquet à la bataille de la Marsaille (Savoie), en octobre 1693. Le quatrième frère, seigneur de Giscaro et capitaine dans Gâtinais, servira une vingtaine d’années. Comme Guillaume, il suit M. de Catinat et le duc de Vendôme. Il est tué à Annecy dans des circonstances et à une date qui nous sont inconnues.

Jean, le cadet, lieutenant des Dragons, est, à treize ans, au régiment de Navarre.

Jean de Cazenave, fils de Jacques, l’aîné, suit Guillaume, son oncle, sur tous les sièges, dès l’âge de dix ans ! Il sera reçu officier dans ce même régiment.

 

La famille Pujo

 

Pujo Lafitole est promu, le 18 décembre 1695, lieutenant au régiment des gardes françaises. Il sera fait chevalier de l’ordre de Saint-Louis.

Pujo Bordun (village limitrophe d’Artagnan disparu lors de la grande peste de 1348), son frère, est capitaine dans le régiment du Roi.

Au XVIIe siècle, les hommes de guerre ont un privilège, celui de pouvoir fonder une chapelle. C’est ainsi que la chapelle du Saint-Esprit est fondée, le 1er août 1611, au couvent des Minimes, à Vic-en-Bigorre, par Jean de Pujo, seigneur de Baliron (commune de Camalès, canton de Vic-en-Bigorre), qui lègue 300 livres entre les mains du père Albarel, correcteur des pères Minimes, pour la chapelle, les ornements et les aubes. Il déclare y élire sépulture pour lui et sa famille, veut être affilié à l’ordre mendiant et offre calice et ornements pour les diacres et sous-diacres. Les deux frères eurent une fin cruelle. Le premier passa d’une fièvre maligne et le second de ne pas vouloir répondre à un qui vive ? ou qui va là ?

Un Pujo de Lafitole, cousin de ces deux frères, mourut à la bataille de Nerwinden (Belgique), en 1693. François de Montmorency-Bouteville, duc de Luxembourg, maréchal de France, y battit Guillaume d’Orange. On le surnomma le “tapissier de Notre-Dame” tant étaient nombreux les drapeaux pris à l’ennemi que l’on y exposait.

Jean François Pujo Labatut, capitaine dans le régiment de vaisseaux, est nommé inspecteur général des milices bourgeoises de Bigorre. Il décède le 28 janvier 1717, à l’âge de 80 ans.

Etienne de Pujo, son fils, habitant à Lengros (Gers), fut lui aussi capitaine d’infanterie.

Antoine Pujo est lieutenant au régiment de Soubise, en 1686. Il quitte le service armé pour entrer dans l’Église. Pourvu de la chapelle de Pujo, dans l’église Saint-Martin de Vic-en-Bigorre, il en devient le dignitaire prébendier. Ensuite, il devient conseiller de la reine Catherine de Navarre.

Jean-Pierre de Pujo, frère d’Antoine, sieur de Ladoue (commune de Sarriac en Bigorre), est garde du corps du Roi au régiment de Luxembourg, rend hommage pour le moulin du Roi ou moulin de la Place, à Vic-en-Bigorre, le 22 mars 1691. Il est lieutenant à la compagnie Belmont, régiment d’infanterie, puis il devient capitaine dans le régiment de la Reine, le 11 avril 1697. De par l’achat du moulin du Roi, en 1573, son grand-père Raymond Pujo, défenseur et premier gouverneur du “château” ou “fort” de Vic-en-Bigorre, en 1590, Jean-Pierre Pujo peut prétendre à l’appellation de “noble” puisque ce moulin est un bien noble et qu’il possède toujours ce bien patrimonial, le 27 avril 1687, date à laquelle le sieur de Ramondjean conteste cette prétention devant la généralité de Montauban. Démobilisé, il occupera la fonction municipale de Consul, en 1712.

 

D’autres valeureux militaires

 

Colomès était bien jeune lorsqu’il servit en qualité de volontaire au régiment de Louvigny. Son oncle, Dom Renouard, abbé de Montiramès, le rappela pour être placé dans une compagnie des mousquetaires du Roi. Son commandant, d’Artagnan, seigneur de Castelmore, était très satisfait de lui. Il servit en qualité de cornette - porte-étendard puis sous-lieutenant - dans le régiment de Ventadour et de lieutenant dans le régiment de Navarre, puis il reçut une compagnie du Roi.

Guillaume de Junca Boësse servit dans la 1re compagnie des mousquetaires du Roi puis il fut capitaine des Dragons dans le régiment de Barbezières. Il se distingua à la bataille de Nerwinden, en 1693. IL mourra des blessures contractées à cette bataille, à Remiremont, en Lorraine, le 30 octobre 1693.

Raimond-Jean de Junca Boësse, l’aîné, fut élevé comme son frère Joseph, par son oncle Guillaume. Capitaine des Dragons au régiment Destrade et chevalier de l’ordre de Saint-Louis, il prend part aux glorieuses batailles de Luzara (1690), Cassano (1690), Fleurus (1690), Nerwinden (1693) et au siège de Toulon (1707).

Joseph de Junca Boësse, mousquetaire noir de la garde du Roi, capitaine au régiment de Gâtinais, fut chevalier de Saint-Louis. Il servit une quarantaine d’années et fut de tous les sièges et de toutes les batailles de Flandre, Italie et Allemagne. En janvier 1742, à la séance des États généraux de Bigorre, il demande la remboursement de sa “capitation”, avançant sa qualité de noble depuis l’achat du terroir de “Las Mues”, ancienne possession d’Antoine de Castelnau, seigneur de Saubanha. Or les officiers et les nobles n’étaient pas exemptés de cet impôt. Seuls les étudiants, les ministres étrangers et les étrangers avant six mois de résidence l’étaient. Il fut énergiquement débouté.

Arnaud Junca, capitaine des grenadiers au régiment de Vivarais, fut fait chevalier de l’ordre militaire de Saint-Louis.

Simon Junca est lieutenant dans Gâtinais. Son fils, Jean-Baptiste, sera gendarme à la garde du Roi. Claude Jean Junca, un neveu, est capitaine dans Nivernais.

Dandrest, brigadier de cavalerie - grade créé en 1673 - des gardes du corps du Roi, fut chevalier de Saint-Louis. On le distingua pour ses nombreuses blessures et il en mourut à Saint-Germain-en-Laye. Il était fils de notaire.

Filbert Lalanne, mousquetaire du Roi, fut lieutenant de cavalerie.

Jean Sarlabon, capitaine d’infanterie dans le régiment des fusiliers du Roi, reçut le commandement du château de Ham, en Picardie. Décédé le 5 octobre 1722, il était fils de Bernard Sarlabon, notaire vicquois. Son frère, Dominique, capitaine aux fusiliers, décéda le 21 décembre 1683.

Normande fut capitaine au régiment de Gensac. Son neveu, Paul Normande fut capitaine au régiment de Louvigny.

Manaud de Monda, capitaine au régiment de Persan, est nommé maréchal de bataille, en 1653. Le maréchal de bataille est un maréchal de camp que l’on peut comparer à un général de division, aujourd’hui. La hiérarchie des grades supérieurs, qui ne s’achètent pas, est celle-ci : brigadier (général de brigade), maréchal de camp (général de division), lieutenant général (général d’armée), maréchal de France (général de corps d’armée).

Louis de Monda, capitaine de cavalerie et de vieille noblesse vicquoise fut nommé le 23 janvier 1716, au régiment de François de Neufville, duc et maréchal de Villeroy.

Pierre d’Ost (Ayzac-Ost dans les Hautes-Pyrénées) de Monda, fut capitaine de cavalerie en 1708.

Jean Ramondjean, capitaine d’une compagnie au régiment de Dragons de Louis-François, duc de Boufflers, fut fait chevalier de l’ordre de Saint-Louis en 1714. Consul de Vic-en-Bigorre en 1731.

Barthélemy de Ramondjean, capitaine au régiment de Gâtinais, chevalier de Saint-Louis, en 1735, était en garnison dans la citadelle de Strasbourg.

Vincent, fils de Jean Ramondjean, lieutenant dans le régiment de Saintonge a fait la campagne de Bavière. La communauté vicquoise l’invita à produire ses preuves de noblesse. Deux pièces furent examinées et reconnues fausses. L’une était “raturée à la pierre ponce”. Le 22 juillet 1711, il fut condamné à 2000 livres d’amende et 400 livres de restitution.

Jean Colomès de Laplace, lieutenant d’infanterie dans Charolais, se marie avec Catherine de Ramondjean, le 23 janvier 1716. Parmi les témoins : Louis de Monda, capitaine de cavalerie.

Joseph de Colomès, seigneur de Juillan, lieutenant dans Verguisais.

Ibos Talazac, capitaine dans le régiment de Picardie, l’un des plus prestigieux après les gardes françaises, servit au siège de Messine.

Maigné, sieur de Sallenave et Saint-Martin en Barèges, capitaine d’infanterie.

Dupont, capitaine d’infanterie dans le régiment d’Orléans, sert en Écosse pour le roi de France afin de mettre sur le trône d’Angleterre le roi Jacques II qui ne régna que trois ans (1685-1688) et fut “déposé” par Guillaume d’Orange. Il se réfugia en France. Il était fils de Charles Ier, décapité par Cromwell, et l’époux de Henriette-Marie de France.

Blaise et Joseph Dupont, ses frères servent en qualité de subalternes ou “bas officiers” comme l’on disait alors.

Jacques Harader de la Salle est capitaine au régiment de Guiche, en 1696. Il est maire (office acheté) de Vic-en-Bigorre en 1723. Joseph, son frère, est capitaine.

Manaud Lalanne Lavignote, fils de Raymond Lalanne, secrétaire du Roi à la maison de la couronne de France, est capitaine dans Gâtinais puis colonel des troupes au régiment de Sassolo, prince d’Italie, dans le Modénois et, après, aide de camp du maréchal de Broglie et du maréchal de Noailles.

Jean Baptiste Lalanne, capitaine dans Gâtinais, puis colonel au régiment de Sassolo, dans le Modénois en Italie, puis capitaine des gardes de son altesse le duc de Modène.

Raymond Lalanne a un frère médecin décédé. Sa veuve, Paule de Biez, vend une borde, parc, jardin et entière clausure pour la somme de 950 livres. Cette rente est faite : “pour l’avancement de sa famille et notamment de son fils, Dominique de Lalanne, lieutenant au régiment de royal Vaisseaux infanterie, pour la campagne duquel la somme reçue est destinée”. Elle s’oblige devant le notaire Abadie, le 24 février 1748, à faire ratifier l’acte, par son fils, dès qu’il aura atteint l’âge de 25 ans.

Jean Dargagnon est capitaine au régiment de Bancas.

Manaud de Monlezun est capitaine d’infanterie.

Béray est aide major dans le régiment de Tessé-Dragons. Son père est notaire à Vic-en-Bigorre. A cette époque, le major assume une autorité administrative. Cette fonction deviendra un grade distinct au XVIIIe siècle.

Cazaubon, seigneur de Nouilhan, est lieutenant de Dragons. Son frère, Pierre Cazaubon, cornette de Dragons, assiste à un baptême à Vic-en-Bigorre, en 1686.

Monde est lieutenant aux Dragons. Sa famille occupe un office notarial, à Vic-en-Bigorre, tout au long du XVIIe siècle.

Jean Bousquet est lieutenant en 1695, puis capitaine en 1699.

Jacques Cassagnard est lieutenant d’infanterie dans le régiment de Lostanges.

Dominique Cloche est lieutenant au régiment d’Artois. Le 5 décembre 1688, il assiste au contrat de mariage passé entre sa sœur et Jacques Durand, lieutenant d’infanterie, natif d’Arcizac sur Adour, dans les Hautes-Pyrénées.

Dominique Sébastien Durand, lieutenant d’infanterie, est marié à Marie de Junca. Ils sont héritiers de Catherine Cloche et Jean Cloche, prêtre. L’ancien château d’Arcizac sur Adour appartenait à la famille Durand de Cloche qui habitera à Vic-en-Bigorre, après 1765.

Pierre Ducasse est capitaine au régiment de Noailles.

Joseph Ducasse est lieutenant aux grenadiers royaux, bataillon Bergerat. Il se marie à Catherine de Pujo.

Fils d’un père chirurgien à Vic-en-Bigorre, Arnaud Constance Sabatéry est officier d’artillerie.

Jean de Carrière est lieutenant au régiment de Normandie. Son père est Consul Maire de la commune en 1717. Il a racheté la charge de maire à Jean Junca-Lasmues.

Arnaud, Menjolet et Jean Descalère sont capitaines. À telle enseigne que la famille Descalère portera désormais le sobriquet de “capitaine”. Tout un programme…

 

Une simple remarque

 

Il n’aura pas échappé au lecteur, la propension des officiers vicquois à faire précéder leur patronyme d’une particule et à qualifier leur famille de noble. Pour la majorité d’entr’eux, ces militaires ont été faits chevaliers de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis qui vaut noblesse, leur a-t-on dit. Ils sont issus de la bourgeoisie locale : juges, avocats, médecins, notaires, procureurs, notables et commerçants aisés qui construisent des maisons de maître sur la place du marché (Marcadale), aujourd’hui place de la République. Cette mode ou ce tic agaçait prodigieusement les quatre consuls annuels de Vic-en-Bigorre. Cette prétention à la noblesse atteint une telle ampleur, à la fin du XVIIe siècle, que toute la communauté vicquoise est bientôt affublée du sobriquet gascon "lous noblés". C'est la raison pour laquelle les magistrats municipaux qui sont chargés de faire rentrer les impôts locaux, exigent les preuves de ladite noblesse, suivant l'exemple du Roi qui, pour remplir les caisses de l'État, procédera au recensement des familles nobles dans tout le royaume, à partir de 1690.

Déjà, depuis le milieu du XVIIe siècle, Dominique de Monda, père de Manaud, maréchal de camp, dut "faire ses preuves" après la période des troubles subis par les religionnaires. Réhabilité en 1651, l'arrêt est enregistré à la Chambre des comptes, en septembre 1652. Manaud reçoit, le 20 novembre 1667, un arrêt du Conseil et des lettres patentes lui confirmant sa noblesse et celle de son père. Enfin, l'arrêt est enregistré par le parlement de Toulouse, le 11 juillet 1671, soit vingt et un ans après. Pour une famille de Monda reconnue, combien de familles d'officiers vicquois rejetées ! Non reconnues dans une vraie noblesse - les preuves ne pouvant être établies - elles tinrent, malgré tout, le haut du pavé social, tout au long du XVIIIe siècle.

 

Notes

 

J’ai souvent entrepris la guerre trop légèrement et l’ai soutenue par vanité” dit Louis XIV à son confesseur jésuite qui pourra affirmer, plus tard : “La place des armes a été pour lui d’une importance presque incommensurable. (Retour)

L'enseigne est un jeune officier qui devient rapidement sous-lieutenant, puis lieutenant dans l'armée de Terre. (Retour)

Le maître de camp est un chef de corps nommé directement par Louis XIV, à partir de 1661. Ce vieux grade sera remplacé par celui de colonel. Le jeune roi dispose alors d'une armée, "réorganisée" par Michel Le Tellier, que l'on peut traduire par le mot "dégraissée" de 250000 hommes, en 1659, à la paix des Pyrénées, à 55000 officiers, bas officiers et soldats répartis en 10000 hommes pour la maison militaire du Roi, 35000 pour l'infanterie régulière et 10000 pour la cavalerie. La hiérarchie des bas officiers est la suivante : sergents de la troupe, maréchaux des logis, brigadiers de la cavalerie, caporaux et anspessades.(Retour)

Le meurtre de Jacques Ugues, dont on ne connaît pas la date exacte, est un événement tout-à-fait intéressant dans l'histoire de Vic-Bigorre. Il nous montre la sévérité de la Haute Justice de l'époque. La sentence de mort est rendue par les consuls vicquois Guillaume Béray et Jean Sarlabon, le 5 mars 1640, contre Arnaud Tribons, pour l'assassinat du sieur de Clarac, en ces termes : "... le dit Tribons doit être déclaré vrai contumax (contumace) et défaillant, atteint et convaincu des crimes à lui imposés résultant de l'information, et pour punitions et réparations desquels il doit être condamné, au cas ou il pourrait être appréhendé, à faire amende honorable un jour d'audience au parquet de la dite maison de ville en chemise, tête et pieds nus, la hart (corde) au col, tenant un flambeau ardent à la main, demandant pardon à genoux à Dieu, au Roy et à la Justice. Il sera livré entre les mains de l'exécuteur de la Haute-Justice, lequel monté sur un tombereau ou une charrette lui fera faire les tours accoutumés par les rues et carrefours de la ville et le conduire en la place de l'Echez, sur une potence qu'à ces fins sera dressée où il sera pendu et étranglé et, si l'on ne peut l'appréhender, il sera pendu figurativement en la place publique par un tableau en effigie à une potence dressée à cette intention. Ses biens seront confisqués par le Roy, sauf la troisième partie réservée pour sa femme et ses enfants, moins les frais de justice de la famille de Clarac, sous forme de 50 livres pour la fondation d'un obit en l'église de Pujo, où le dit Clarac voulait être enterré, et pour célébrer des messes perpétuellement pour son âme. De plus, 3000 livres d'amende en dommages et intérêts".

D'après le témoignage de Guillaume Lanes, Jacques Ugues avait été agressé un jour de marché et assailli avec une telle sauvagerie qu'après lui avoir donné plusieurs coups d'épée, Arnaud Tribons le poursuivit dans une maison où Ugues se réfugia, ne pouvant pas tirer sa lame du fourreau. Il le laissa mort, emportant son épée, ce qui était, pour l'habitant de Clarac, digne du dernier supplice. Si le condamné était rattrapé, il serait dirigé vers la place de l'Echez où le meurtre avait eu lieu, près du grand portail de la dernière tour d'Arré (de derrière, en gascon) de la ville, monterait sur l'échafaud et là, on lui romprait et briserait bras et jambes et il y demeurerait jusqu'au lendemain, la tête tranchée et séparée de son corps. L'affaire fut jugée au parquet royal, dans la maison de ville de Vic. Etaient présents : maître Guillaume Beray, consul, Jean Sarlabon, assesseur et rapporteur du procès criminel intenté à la requête de noble Jacques Ugues, sieur de Poüy et Paul Ugues, sieur de Clarac, frères de la victime. Les assistants au rapport : maîtres Antoine Pujo "las places", Guillaume Cassaignard, Antoine Filbet et Jean Dupont, le docteur Jean-Pierre Dupont et le praticien Guillaume Lanes suivirent le rapporteur dans sa conclusion. Détenu dans la prison d'Orléans, Arnaud Tribons est absous du meurtre et remis en liberté par l'évêque, en vertu du privilège qu'ont les évêques d'Orléans de libérer les prisonniers détenus le jour de leur entrée en ville et de la prise de possession de leur siège. Le 14 janvier 1649, il déclare au notaire vicquois Monde, qu'il fut gracié par Alphonse d'Albéric, évêque d'Orléans et qu'il donna 250 livres pour frais de procès et condamnation par défaut par les consuls de Vic. (Retour)

Les mousquetaires du Roi font partie de la maison du Roi. Les gentilshommes sont à cheval et regroupés en deux compagnies préposées à la garde du Roi et à celle du cardinal Richelieu, puis, plus tard, à celle de Mazarin. Selon la robe des chevaux, on distinguait les mousquetaires gris et les mousquetaires noirs. (Retour)

Le soldat du régiment des gardes françaises a pour mission principale la garde des bâtiments et des palais royaux. (Retour)

Les Montesquiou sont devenus seigneurs d'Artagnan (canton de Vic-en-Bigorre), par le mariage de Paulon de Montesquiou, écuyer de Henri d'Albret, roi de Navarre, avec Jaquette d'Estaing (canton d'Aucun dans les Hautes-Pyrénées), sœur de Jean II d'Estaing, seigneur d'Artagnan, le 23 août 1524. (Retour)

En 1643, le domaine royal vicquois est acquis par la ville au prix de 15500 livres. Criblée de dettes en 1659, les consuls vendent pour 4800 livres à Manaud de Monda, alors maréchal de camp, les parcelles du domaine appartenant aux "étrangers" à la commune. C'est ce lot dont il est question dans la transaction des Montesquiou. (Retour)

Le lieutenant général est un général en chef dont le grade ne s'achète pas. Sans être nommé dans le texte, il semble que ce personnage soit Pierre de Montesquiou, comte d'Artagnan, maréchal de France, décédé à Bayonne, en 1725. À ne pas confondre avec son cousin, Charles de Batz de Castelmore, comte de Montesquiou et seigneur d'Artagnan, capitaine des gardes du Roi en 1656, puis sous-lieutenant en 1658, nommé maréchal de camp en 1662 et gouverneur de la place de Lille en 1672, avant d'être atteint d'une balle à la gorge, à la bataille de Maastricht en juin 1673. Sa carrière militaire inspira Alexandre Dumas qui en fit le héros de son célèbre roman "Les trois mousquetaires". (Retour)

Depuis 1661, le lieutenant-colonel est choisi pour sa compétence et il devient la cheville ouvrière du régiment. Pour ses qualités militaires, il est placé à côté du colonel qui ne doit sa place qu'à sa fortune ou à sa naissance. (Retour)

Le logement des gens de guerre est la plaie sociale du XVIIe siècle et a pour origine la guerre de Dévolution (1667-1668) et la guerre de Hollande (1672-1678). Ces deux campagnes épuisèrent nos armées. De tous côtés, les officiers tentent, par tous les moyens, d'enrôler des volontaires. De nouveaux impôts sont créés pour couvrir les frais de la guerre. À Vic-en-Bigorre, le papier pour actes et contrats passés devant notaire est timbré à douze deniers la feuille. La Bigorre est assujettie à la gabelle ou impôt sur le sel dont elle était exempte jusque-là. Audijos, un ancien soldat déserteur, parcourt le Béarn et les Landes, appelant les habitants à la révolte contre cet impôt. Le sénéchal de Tarbes réunit des milices et les dirige vers le Lavedan pour capturer le chef rebelle mais celui-ci résiste si bien qu'il faut dépêcher, au début de l'année 1676, une compagnie de 160 maîtres (noms anciens des cavaliers de Dragons) contre les révoltés. Le 22 mars 1676, cette compagnie loge à Vic-en-Bigorre. Les vicquois sont pillés, battus et rançonnés et portent plainte au Sénéchal. Les États de Bigorre refusent de reconnaître toutes les exactions commises et n'admettent un préjudice que pour "l'occupation" de 75 maîtres. Il faut l'entregent de M. le duc de Roquelaure, nouveau gouverneur de Guyenne, pour obtenir partiellement gain de cause... le 16 mai 1677. Par ordonnances royales, les ecclésiastiques et les gentilshommes en service - nos officiers vicquois - sont dispensés du logement des gens de guerre. (Retour)

Les grades de capitaine et de colonel s'achètent encore sous Louvois. Choiseul, son successeur, limite la vénalité des grades à celui de colonel et Saint-Germain la supprime. La charge de capitaine pour un régiment d'infanterie coûte de 40 à 50000 livres et, pour une compagnie d'infanterie, de 10 à 12000 livres. La solde d'un capitaine est de 3000 livres - 164 sols/jour - celle d'un colonel 6000 livres - 328 sols/jour. La solde journalière du fantassin est de 5 à 6 sous ou sols, celle du cavalier de 6 à 7 sols. (Retour)

Destinés à servir sur les vaisseaux, ces régiments sont créés par Richelieu, à partir de 1635, et reversés au service de la Terre. (Retour)

Les quatre compagnies des gardes du corps du Roi forment la plus prestigieuse cavalerie qui alors, soit au monde. C'est l'élite de l'élite que représente la maison du Roi. (Retour)

Dans la préséance de l'ordre de bataille, le régiment de la Reine venait derrière celui du Roi mais avant celui des princes du sang, tous commandés par des colonels lieutenants. (Retour)

Les gardes du corps sont les premiers dans la maison du Roi devant la grande gendarmerie (gendarmes et chevau-légers du Roi), la petite gendarmerie (gendarmes et chevau-légers des reines, de Monseigneur et de Monsieur), le régiment des gardes françaises et le régiment des gardes suisses. (Retour)

Les régiments des dragons et des hussards furent créés par Louvois après la mort de son père, Michel le Tellier, en 1685. De passage à Bagnères de Bigorre en 1680, les vicquois envoient à M. de Louvois des émissaires pour le complimenter. C'est lui qui fait remplacer l'épée par le sabre et tente d'instaurer un service militaire obligatoire et national. La réorganisation de la cavalerie en régiments permit d'éviter le racolage des sergents recruteurs. C'est que le ministre a beaucoup à se faire pardonner pour une opération honteuse appelée "Dragonnades", engagée après la révocation de l'édit de Nantes, sur les mauvais conseils de l'intendant du Poitou, et qui conduira ses troupes vers le Languedoc et le Béarn, à quelques lieues de Vic-en-Bigorre. Les soldats se logeaient de force chez les familles protestantes, vivaient "à discrétion" sur l'habitant et par toutes sortes de sévices infligés à leurs hôtes obtenaient une "conversion" au catholicisme. Ces "missionnaires bottés" obtinrent plus de 38000 conversions forcées. (Retour)

Claude Larronde

Bibliographie

"L'histoire de la province et comté de Bigorre" - écrite vers 1735 par l'abbé Jean-Pierre Colomès, originaire de Vic-en-Bigorre - 1886 - Paris H. Champion - Larrieu imprimeur. Tiré du livre second, chapitre XII, de l'étude "Illustres capitaines et hommes d'église de Vic". Annoté par l'abbé Ferdinand Duffau, directeur du Grand Séminaire de Tarbes dans "Le Souvenir de la Bigorre", cette histoire fut attribuée par erreur à l'abbé Duco, curé de Loubajac.

"Saubanha, une seigneurie particulière" - Claude Larronde -1985- Edité par la Société Académique des Hautes-Pyrénées

"Louis XIV" - François Bluche - 1994 - Editions France Loisirs

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