Un curé de choc à Vic-en-Bigorre :
Joseph Delcros Terratz

 

Dès sa nomination à la cure de Vic-Bigorre, le 22 janvier 1804, Joseph-Charles-Camo-Ange Delcros Terrats entretient une correspondance régulière avec l'abbé François Honnert, secrétaire général de l'évêque du diocèse de Bayonne et, plus rarement, avec monseigneur Joseph Jacques Loison, alors en charge des départements des Basses-Pyrénées, Landes et Hautes-Pyrénées, les diocèses d'Aire et de Tarbes n'ayant pas encore été rétablis. Elle s'interrompt le 14 février 1817, un peu avant son décès, le 27 mars 1817. Soixante lettres couvrent cette période et nous livrent la personnalité du curé de Vic-en-Bigorre. Homme cultivé, en poste à Paris, puis professeur en droit canon à l'université de Caen, il est secrétaire général de Monseigneur Caylus, évêque de Bayeux, pendant deux ans. L'intransigeance pour son apostolat, n'a d'égale que la sévérité des jugements qu'il porte sur ses paroissiens déboussolés par les séquelles des décisions révolutionnaires. Ce combattant de la foi qui n'a jamais voulu jurer sur la "Constitution civile du Clergé" abat une besogne sacerdotale considérable dans une paroisse délabrée et en proie au doute.

L'après Révolution, à Vic :

La restauration de la municipalité vicquoise a lieu le 1er prairial, an VIII (21 mai 1800). Onze jours plus tard, Jean Suzanne Combessies est nommé maire. Il était jusque-là agent national et auteur de discours enflammés pour la cause révolutionnaire et contre la religion. Le premier adjoint, c'est Antoine Darrabiat, "cultivateur" et "châtelain" de Saint-Aunis. Né à Campan, le 7 mai 1757, il devient docteur en théologie et vicaire de sa commune avant d'être nommé à Vic. Curé constitutionnel de Vic, depuis le 1er juillet 1791 jusqu'au 20 novembre 1793, en remplacement du curé Rivière parti à Paris pour les Etats Généraux, il prend fait et cause pour la Révolution. Il se marie avec mademoiselle Madeleine Lataste, riche propriétaire du domaine de Saint-Aunis, le 26 juillet 1798. On prétend qu'il lui a fait deux enfants. On peut en douter car les registres des naissances vicquoises ne recèlent aucune trace d'inscription de ces nouveaux-nés et lui-même affirmait que les deux enfants que l'on voyait à Saint-Aunis étaient ceux de son frère, établi hors de France. Elle, est petite-fille de Eugène Lataste, acheteur du domaine, en 1743.

En novembre 1792, les électeurs le nomment administrateur de l'assemblée départementale et le Conseil général le choisit pour son président alors qu'elle compte dans son sein Jean-Guillaume Molinier, évêque constitutionnel des Hautes-Pyrénées.

L'assemblée a des sentiments plutôt fédéralistes et ses sympathies régionales la rapproche des Girondins, brillants orateurs à l'assemblée nationale, regroupés au sein de la "Commission populaire de salut public" de Bordeaux. Lorsque l'affrontement eut lieu, à la Convention, aux mois de mars et avril 1793, entre Girondins et Montagnards aux mains de la Commune de Paris, le centralisme jacobin et parisien avait décidé d'éradiquer le "poison" du fédéralisme, en France. Darrabiat fait partie des dix administrateurs du Conseil de l'assemblée départementale qui envoient, en juin 1793, une "adresse" à la "Commission populaire du salut public du département de la Gironde pour la soutenir dans cette "épreuve".

Benoît Jean-Baptiste Monestier, ancien chanoine du chapitre de Saint-Pierre de Clermont-Ferrand, premier vicaire de l'évêque constitutionnel du Puy-de-Dôme, député à la Convention pour ce département, est nommé, le 20 juin 1793, délégué près l'armée des Pyrénées-Occidentales avec autorité sur les départements des Basses-Pyrénées, Hautes-Pyrénées, Gers et Landes. Au mois de juillet, il doit se prononcer sur l'attitude des administrateurs de l'assemblée départementale qui ont refusé la translation, à la prison de Mont-de-Marsan, de l'ex-ministre Dejoly, avocat de Montpellier, retiré à Bagnères et de son secrétaire, Darrieux de Tarbes. Ces deux hommes, mis en accusation par les proconsuls Izabeau et Garrau, doivent comparaître devant la Convention nationale. Après hésitations et palabres avec les autres membres de l'assemblée départementale, Monestier, venu spécialement de Bayonne à Tarbes, traduit les sept du Conseil girondiste tarbais, pour explications, devant la barre de la Convention nationale. Les trois autres administrateurs, dont le vicquois Pierre Constance Sabatéry, dégagèrent suffisamment leur responsabilité pour être complètement mis hors de cause. Dans cette affaire, le tort du curé de Vic fut d'arriver en retard à la réunion du Directoire du département, présidé, comme le prévoyait le règlement intérieur, par son compatriote de Campan, Jean-Pierre Dauphole, le plus âgé des membres présents. À son arrivée et en sa qualité de président de l'assemblée, il s'asseyait, reprenait la présidence de la réunion et... entérinait bien légèrement le refus du département d'exécuter les ordres des représentants de l'assemblée nationale !

Le 2 août, Monestier du Puy-de-Dôme renouvelle l'Administration et le Directoire du département. Il "casse" la plupart des directoires des districts départementaux. Darrabiat et ses compagnons sont accusés de manquer de patriotisme mais Monestier a sous-estimé l'action puissante de leur compatriote tarbais Bertrand Barére, auprès du Comité de Salut Public dont il est un membre influent. Le 7 août, la Convention renvoie à leurs "fonctions" les sept bigourdans Darrabiat, Dauphole, Ozun, Gertoux, Sabail, Pigneguy et Desbets, trop heureux de s'en tirer à si bon compte. Monestier n'en a cure et passe outre la recommandation de l'assemblée. Il destitue les administrateurs déjà remplacés à leur retour, à Tarbes. Et pour prévenir de leur part toute velléité de retour dans l'assemblée départementale, il les menace. Antoine Darrabiat donne prudemment sa démission.

Arrivé à Tarbes le 27 septembre 1793, Arnaud Dartigoeyte, député à la Convention et Représentant du peuple en mission près les départements du Gers, des Landes et des Hautes-Pyrénées, est chargé de seconder l'Administration et la Société Populaire de Tarbes. Deux jours après, il donne l'ordre de faire établir la liste des suspects vicquois. Ils sont trente-huit aristocrates ou prétendus tels enfermés avec leur domesticité dans l'ancienne maison Lagarue ou assignés dans leur propre résidence. Il ordonne la réclusion de Darrabiat, à Tarbes, le 2 octobre 1793, parce qu'il est à la tête du "mauvais parti de Vic". Le 5 octobre, le Conseil de surveillance et le conseil général de la commune de Vic sont à leur tour "épurés".

Le 20 novembre 1793, on ferme l'église Saint-Martin qui devient au gré des événements : "maison nationale, ci-devant église" "temple décadaire" et "temple de la raison".

Le lendemain, Darrabiat se "déprêtrise" et déclare : "Citoyens, mon acceptation de la cure de Vic fut l'effet de mon dévouement à la chose publique et un acte de déférence pour le vœu de cette municipalité, de cette commune. J'entrai en possession d'un emploi constitutionnel le jour où l'aristocratie osa montrer de coupables espérances...".

Il remet la clé du presbytère qu'il vient de libérer et on enregistre son départ : "Considérant que l'esprit de la philosophie et de la raison a fait tant de progrès qu'il demeure reconnu que les prêtres ne sont nullement nécessaires dans une République..." . Il quitte Vic pour Tarbes mais fut-il vraiment reclus ?

Nommé inopinément président de l'assemblée départementale, Darrabiat aura succédé à Pierre Clair de Fondeville, vicomte de Labatut-Rivière, et précédé Jean Guillaume Molinier, son évêque constitutionnel, pourtant élu le 2 septembre 1792, en l'église Saint-Martin de Vic et encore le 11 novembre de la même année, en l'église des Jacobins de Bagnères, mais empêché de prendre ses fonctions pour des raisons obscures. Le prélat prend sa place, le 2 août 1793. Darrabiat aura rencontré à l'administration du Conseil départemental deux autres vicquois : un médecin, Emmanuel Carrère et Pierre Constance Sabatéry.

Après les événements du 9 thermidor an II (27 juillet 1794), Darrabiat est "élargi" et revient à Vic. Auguste Izoard, représentant du peuple en mission dans les départements des Basses et Hautes-Pyrénées, prend un arrêté, le 27 mai 1795, en faveur des girondistes "bons républicains", qui rétablit Darrabiat au Directoire du Conseil général du département. Après le décret d'octobre 1795, divisant le territoire de la France, l'assemblée départementale est composée d'administrateurs, d'un commissaire central et de commissaires de canton. À ce titre, il siège au département comme commissaire du canton de Vic, avec Jean Davantès. Mais lorsque Brice Gertoux, commissaire central, démissionne et qu'un arrêté du 2 février 1798, le désigne pour le remplacer, il refuse. Il ne veut plus revivre l'épisode de juillet 1793 ! Le 4 avril 1800, le préfet des Hautes-Pyrénées est installé par l'Administration centrale du département qui se dissout. Et c'est ainsi que nous retrouvons l'ex-curé de Vic, adjoint au maire Combessies, quelques jours plus tard. Il coulera des jours paisibles, dans le manoir de Saint-Aunis, jusqu'au 16 octobre 1816, où il quitte cette vallée de larmes.

Revenons à la paroisse Saint-Martin :

Le 1er messidor an III (19 juin 1795), c'est la réouverture de l'église de Vic-en-Bigorre. L'abbé Jean Lagarde, venu de la cure d'Arcizans-Avant, exerce vaille que vaille la fonction de curé. Le Concordat est signé le 15 juillet 1801 mais ne sera proclamé que le jour de Pâques suivant, le 18 avril 1802. En décembre 1801, il est demandé aux membres du clergé un nouveau serment à la République. Jurent : Jean Lalanne, prébendier, Bertrand Pérès, Barthélémy Dubertrand, Gaspard Bouzon, bénédictin, David Baile, cadet, et Jean-Baptiste Bédouret. Refusent de jurer : Blaise Baile, aîné, natif d'Ossun, insermenté, déporté et rentré, vicaire, Lapeyre, curé d'Artagnan, insermenté, déporté et rentré et Jacques Cazaubon, Minime, natif de Vic, insermenté, déporté et rentré.

Le 22 juillet 1802, le maire Combessies adresse une pétition au "Citoyen évêque" au nom des habitants de la ville :

"En même temps que nous remercions le Ciel de ce qu'il a bien voulu nous donner pour notre premier pasteur un Citoyen, aussi recommandable pour sa piété que par ses talents et ses vertus, nous venons déposer dans votre sein nos vives et justes sollicitudes. Pendant que l'Église Catholique était partout persécutée, pendant qu'une mort menaçante planait sur la tête de ses ministres, alors que les chrétiens cherchaient en vain le baume sacré qui avait autrefois répandu dans leur âme les consolations évangéliques, alors que le mourant était partout privé des secours spirituels qui devaient pendant son agonie, lui faire tranquillement envisager sa dernière heure, enfin au milieu de la tourmente révolutionnaire, le Dieu bienfaisant nous fit le présent précieux d'un ministre de sa religion, en même temps qu'il nous rendit un concitoyen, un ami, un père. À peine eûmes-nous le bonheur de le posséder qu'au milieu des dangers des temps et des persécutions, on le vit porter avec une fermeté édifiante chez le pauvre comme chez le riche des paroles de paix et des secours divins. Dans les chaumières, à l'ombre du mystère, il distribuait sagement les dons qu'il avait lui-même reçus de la reconnaissance pour le soutien de ses jours. Sans liens, sans revenus, il se fit honorer par sa misère, comme autrefois au milieu de l'aisance, il sut se rendre recommandable par sa probité. Ses discours et ses exemples rappelèrent au bercail ceux-là même qui avaient voulu le persécuter. Enfin par ses mœurs, sa vie retirée et sa tranquillité, il fit respecter en lui le caractère sacré de prêtre de Jésus Christ et le titre de Citoyen. Tel est Citoyen évêque, le tableau succinct de la vie du citoyen Jean Lagarde, prêtre, curé actuel de notre ville, âgé de soixante-huit ans. Ah ! déjà vous connaissez nos vœux, ils sont ceux d'une chrétienne reconnaissance. Laissez-nous le encore pour notre curé. C'est la demande que vous font trois mille citoyens qui n'oublieront jamais les bienfaits qu'ils attendent de vous et dont l'étendue seule peut égaler leur reconnaissance. Nous faisons des vœux au Ciel pour la conservation des jours précieux de notre évêque". Suivent quarante cinq signatures.

Il est amusant de rapprocher les passages les plus vibrants de cette pétition avec ceux des discours révolutionnaires proférés par le même Combessies, dix ans plus tôt, en février 1792 : "Personne d'entre vous n'ignore que dans ce moment notre sainte constitution est en danger par la coalition de plusieurs puissances de l'Europe excitée et fomentée par une horde de scélérats émigrés qui abrutis par les chaînes de l'esclavage n'ont pas encore assez de force pour s'élever à la hauteur de la dignité de l'homme libre et qui, par ce moyen, ne veulent point reconnaître les droits de l'homme et du citoyen. Je ne vous nommerai point qui sont ces brigands, vous les connaissez tous, ce sont les ci-devant privilégiés et des prêtres mécontents et fanatiques, les excréments de la nature" et le 13 mai 1794 : "Vous n'ignorez pas que le citoyen Monestier (du Puy de Dôme), représentant du peuple, doit venir dans cette commune. Vous connaissez les services importants qu'il a rendus à la chose publique en extirpant le fanatisme, en faisant disparaître les momeries des ci-devant prêtres que la raison avait en vain improuvées jusqu'à ce jour. Nous ne sommes plus dans le temps des adorations serviles, nous sommes dans le siècle de la raison". Il terrorise la ville par ses menaces verbales et, dans le même temps, il fait le bedeau et sert la messe au curé de Vic. Nommé en 1800 au poste de maire, il administre paisiblement la ville jusqu'à son décès, en décembre 1807. L'envoi de la pétition des notables vicquois ne sera guère suivi d'effet et Monseigneur restera inflexible.

L'arrivée du nouveau curé de Vic

Joseph Delcros Terrats arrive à Vic-Bigorre le 22 janvier 1804. Le 29, Jean Lagarde, curé destitué, écrit à monseigneur l'évêque pour solliciter la cure de Nouilhan : "Daignez fixer ma destination, toute mon ambition se borne à un petit lieu où je puisse réparer un peu mes forces presque épuisées par le travail excessif que j'ai fait à Vic dans les jours de neuf années. Le village de Nouilhan m'offre cette réponse ; c'est là que moins chargé que par le passé je serai à portée de mémoire de ma famille et du médecin qui connaît mes infirmités, les soins et les secours dont je ne saurais me passer, à l'âge et dans le délabrement de ma santé ou je suis. J'ose tant espérer de votre humanité et de votre justice". Ces quelques lignes pathétiques illustrent très fidèlement le travail harassant qui attend le nouveau curé de Vic. Mais Jean Lagarde est un homme fatigué de chagrin, aussi. On lui reproche son empressement à reprendre la cure de Vic, dès le 19 juin 1795 et qu'il ait été préféré à Dominique Perrey, Jean Lalanne, Alexandre Cazaubon, ci-devant curé de Plaisance-du-Gers et Gabriel Castillon de Marciac. Ce choix apparaît suspect au conseil épiscopal qui arbitre pour un prêtre non jureur. L'abbé Delcros Terrats est déplacé du collège des doctrinaires de Pau vers la paroisse Saint-Martin de Vic-Bigorre et l'abbé Jean Lagarde n'obtiendra que le poste de vicaire à Nouilhan. Né à Perpignan, le 7 avril 1751 et baptisé dans la paroisse Notre-Dame de la Réal de la même ville, le petit catalan Joseph Charles Camo Ange a pour parents Etienne Delcros et Marguerite Terrats et pour parrain, le révérend Joseph Delcros, curé de Taulis, petite commune du canton de Céret et marraine, Françoise Condon-Beneis. Le 5 juillet 1805, Joseph Delcros Terrats, nouveau curé de Vic, adresse une lettre à M. l'abbé François Honnert, originaire de Sarralbe, en Moselle, secrétaire général de l'évêque de Bayonne.

L'état des lieux

Monsieur, mon cher Honnert,

"J'ai pris possession le 22 janvier 1804. Je trouvais cette paroisse sans religion ayant été conduite par un prêtre constitutionnel (Antoine Darrabiat) qui finit par se marier dans la même paroisse avec une demoiselle fort riche qui l'a rendu gros propriétaire. Il a toujours occupé une place dans la commune, il est encore membre du Conseil. À celui-ci, succéda un prêtre doté de peu de moyens (Jean Lagarde) pour s'opposer à la corruption. Voilà l'état où était la paroisse composée de près de cinq mille âmes (réellement 3388 en 1806). À force d'instructions, je parviens à ramener beaucoup de brebis dans le bercail, si j'eusse eu des secours, j'aurais peut-être emporté la place. Tous les jours ont été comptés par des nouvelles conquêtes à Dieu. Avant le jubilé (début 1805) j'aurais arraché au concubinage trente familles, réhabilité soixante-douze mariages, donné la première communion à trois-cent-soixante enfants ou personnes mariées. Le second dimanche de Carême, je fis lecture du décret du cardinal Laprava et du mandement de Mgr. l'évêque concernant l'indulgence du jubilé..."

L'évêque de Bayonne

Né le 21 février 1744, à Montaubé, dans la Meuse, monseigneur Joseph Jacques Loison est nommé évêque de Bayonne, le 5 juillet 1802. C'est à la recommandation à Bonaparte de son neveu, le général Loison, qu'il doit son poste. Le 11 novembre 1802, il est institué canoniquement par le cardinal Caprara et sacré, le 14 novembre, dans l'église Saint-Sulpice de Paris. On lui doit la réunion du clergé réfractaire et du clergé assermenté des Hautes-Pyrénées qui fut retardée par les intrigues de Molinier, ancien évêque constitutionnel, qui poussa les prêtres jureurs à ne pas se rétracter. C'est le 8 janvier 1804, à la cathédrale de Tarbes, qu'assermentés et réfractaires prêtèrent le même serment d'adhésion au Concordat sans exiger des premiers aucune rétractation. En présence du préfet Jean-Pierre Chazal, Monseigneur célébra pontificalement la messe et prononça des paroles d'apaisement, remerciant Dieu du triomphe de la religion et du rétablissement de l'église de France. Des chrétiens impertinents et rancuniers protestèrent contre cette indulgence exagérée de "l'oison". Monseigneur avait aussi juridiction sur les départements des Landes et des Hautes-Pyrénées, les diocèses d'Aire et de Tarbes n'ayant pas été rétablis. Il choisit pour vicaires généraux, Claude-François Lallemand, né dans le Jura et Jean-Jacques Lamarque, ancien vicaire général du diocèse d'Aire. Curé au moment de la Révolution, Joseph Loison prêta le serment de la Constitution civile du clergé, puis se rétracta. Décédé le 17 février 1820 à Bayonne, c'est seulement le 10 août 1823, que le diocèse de Tarbes fut rétabli par Mgr. Antoine-Xavier de Neirac.

Le 15 septembre 1804, un prêtre assermenté vicquois se rétracte. Joseph Pambrun, fait la déclaration suivante : "Je soussigné Joseph Pambrun, prêtre, reconnais que la Constitution Civile du clergé que j'ai juré de maintenir de tout mon pouvoir est impie et hérétique. En conséquence, je rétracte le serment que j'ai fait dans le temps et tous les autres serments qui s'en sont suivis".

Au début de 1805, Delcros Terrats déclare : "Parmi les personnes qui se sont présentées à moi, il y en avait environ deux-cent, les unes divorcées étant passées à des secondes noces du vivant de la première épouse, d'autres qui avaient contracté seulement devant l'officier public et qui ne croient pas avoir besoin de la bénédiction nuptiale. D'autres sont dans le cas de devoir faire réhabiliter leur mariage se trouvant dans des empêchements divins. Si toutes étaient dans de bonnes résolutions mais ne voulant obtempérer à nos avis qu'autant que nous en avions fait sentir la nécessité à la chaire de vérité. Après avoir examiné et pesé devant eux nos devoirs, voilà ce que je leur devais dire à la suite de la lecture du décret ci-dessus. Il en est, enfin, qui se trouvent dans le cas de devoir faire réhabiliter leur mariage. La charité qui nous a fait un devoir de garder jusque-là le silence sur ce point, nous engage à déclarer aujourd'hui pour contenter ceux qui nous ont dit plusieurs fois qu'on ne devait pas faire un mystère de ce qui est nécessaire pour leur salut. La charité, dis-je, nous fait déclarer que tous les actes de juridiction spirituelle exercés par ceux qui n'avaient pas une mission canonique de l'Église depuis la mort de M. Rivière, notre prédécesseur, jusqu'à l'époque où monseigneur l'évêque actuel de Bayonne est arrivé à Tarbes, sont nuls. Voilà ce que j'ai dit à la chaire de vérité, le succès a répondu à mes attentes. J'ai béni pendant le jubilé quarante-sept mariages contractés seulement devant l'officier public, la plupart de ces personnes n'avaient pas fait leur première communion. J'en ai réhabilité cent quatre-vingt-sept et j'ai fait, par la grâce de Dieu, d'autres bonnes œuvres non moins précieuses et le même Dieu donnant l'accroissement à la parole divine qu'il mettait dans ma bouche me comble de consolation puisque j'ai fait restituer plus de 22000 livres et des effets précieux en argenterie et je suis en voie d'aller plus loin. Enfin, la croix de Jésus-Christ est plantée dans tous les quartiers de la ville, cette cérémonie est faite avec toute la pompe possible. Le pasteur et le troupeau ont tous demandé pardon au pied de la croix des outrages qui ont été faits à l'instrument de notre rédemption. Il n'y a présentement à Vic qu'un Dieu, qu'une foi, qu'un baptême. La voix du seigneur a brisé les cèdres du Liban, elle a retenti jusques aux plus profondes cavernes de Cadès (localité de l'extrême sud du Canaan, où les Hébreux demeurèrent une trentaine d'années après avoir quitté le Sinaï). J'ai dans le moment tant et tant d'enfants sans compter d'autres personnes avancées en âge que je prépare pour la première communion".

Et plus loin : "Pendant que je rendais grâce à celui dont le bien procède, il a plu à l'ennemi du salut des âmes de susciter un mois après le jubilé un nommé Duchâtel (Chatel) et Dieu a permis qu'il mêlât un peu d'amertume à notre joie. Le 13 prairial (2 juin 1805) dernier j'ai reçu à huit heures du soir un ordre ainsi conçu : Le Préfet des Hautes-Pyrénées, membre de la Légion d'Honneur, à M. le maire de Vic : J'ai reçu M. le maire avec votre lettre du 9 de ce mois la plainte qui vous a été adressée contre M. le curé de la ville, je vous prie de lui donner l'ordre de se rendre de suite devant moi, à Tarbes, pour en prendre communication et me fournir sa réponse. Signé : Chazal. Pour copie conforme : le maire de Vic, Combessies, maire. Je sais que le bien de la religion exigeant que j'obéisse à cet ordre avant d'en conférer à mes supérieurs hiérarchiques qui se trouvaient éloignés. Je me rendis en effet chez M. le Préfet qui me donna communication de la plainte que Duchâtel avait portée contre moi. Dans celle-ci, il dit que je criai d'une voix si forte au tribunal de la pénitence que son épouse entendit les sottises de sa maison.Jusque-là je n'avais pas imaginé qu'un confesseur pût être accusé d'avoir dit des sottises dans un ministère où les vérités les plus terribles doivent être toujours tempérées par la grâce supérieure de Dieu. Je ne puis assurer si j'ai confessé le plaignant, mais si cela est, je le défie encore de produire un seul témoin qui confirme la plainte. Il est vrai qu'il se contente de dire que son épouse seule l'a entendu de sa maison, comme mon confessionnal ne manque pas de témoins, il aurait fallu les nommer".

L'affaire Chatel

Chatel est un marchand de la rue du Château. Le 10 mai 1805, il écrit à Son Excellence Portalis, ministre des Cultes, dans un langage clair mais au texte entaché de fautes d'orthographe :

"Je viens exposer à votre Excellence, que pendant le saint temps du jubilé, j'ai désiré profiter des indulgences et des trésors que l'église de France a ouverts à tous ses fidèles. Monsieur Delcros, curé du canton de Vic, m'a refusé ses grâces et m'a fermé le tribunal de la pénitence en me disant à ce même tribunal que j'étais hors de l'église et exclu de toutes les prières qui s'y font jusqu'à ce que j'aie fait réhabiliter par lui-même le sacrement de mariage qui me fut administré le mois de juillet 1792, par le curé légalement élu par l'assemblée électorale et installé par la municipalité, conformément aux vues de la loi. Il m'a prononcé ces mots (que j'étais hors de l'église) d'un ton si élevé que des personnes qui y étaient ont pu l'entendre et en faire part à mon épouse qui depuis lors ne veut plus habiter avec moi...".

Dans cette longue lettre, Chatel ajoute que tout ce qui a été administré dans l'église de Vic, depuis le curé Rivière, député du clergé pour les Hautes-Pyrénées, jusqu'à l'arrivée de Delcros Terrats est frappé de nullité. Une instruction de l'évêque approuvée par le gouvernement a été distribuée aux paroissiens abasourdis, dit-il. L'épouse de Chatel ne veut plus habiter avec son mari. Elle tient absolument à divorcer et se remarier à l'église "civillement et espirituellement" comme l'écrit son mari. Celui-ci veut bien d'une seconde bénédiction nuptiale mais une lettre pastorale de l'évêque le défend expressément sous peine d'être "hors de la communion et de l'église". Le marchand saisit le maire Combessies qui alerte le préfet Chazal. Les deux autorités civiles précitées n'ont pas autorité sur le texte du Concordat et s'en remettent à M. le Ministre.

Et Chatel de conclure : "La contrariété d'opinion religieuse entre monsieur l'évêque de Bayonne et monsieur le curé de Vic alarme ma conscience, trouble mon ménage et me nécessitent de recourir à votre Excellence pour la supplier de (se) prononcer. Quelle que soit la décision de votre Excellence, je l'accueillerai avec respect et ma famille en partagera les avantages et de concert avec elle nous ne sesseront (cesserons) de faire des vues au Ciel, à l'honneur de votre Excellence, amen".

Cette affaire fait grand bruit à Vic-Bigorre. Portalis écrit à Monsieur l'Évêque de Bayonne, en juin, juillet et août 1805, pour l'inciter à fustiger la conduite du curé Delcros Terrats. L'évêque répond qu'il lui a recommandé de "modérer son zèle et d'être plus circonspect à l'avenir dans ses instructions". Le Ministre se déclare très satisfait, en son nom propre et au nom du Préfet des Hautes-Pyrénées. Un an plus tard, le 9 juillet 1806, le Ministre écrit à nouveau à "Monsieur l'Évêque de Bayonne" : "Il résulte des renseignements qui me sont transmis par le ministre de la Police, que M. Delcros Terrats, se permet d'établir dans les cérémonies du baptême, des différences entre les enfants nés en légitime mariage de parents qui ont fait bénir leur union par l'église et ceux dont les parents n'ont pas reçu la bénédiction nuptiale qu'il qualifie de bâtards. Il fait annoncer le baptême des premiers par le son des cloches et il défend, dit-on, de les sonner pour les seconds. On ajoute qu'il étend aux enfants nés de mariages bénis par les prêtres dits constitutionnels, la défense dont il s'agit. Ces différences excitent de vives réclamations de la part d'un grand nombre de paroissiens et je ne puis que vous inviter, Monsieur l'Évêque, à les interdire expressément au curé de Vic, d'autant plus que votre ordonnance du 16 février 1803 que j'ai sous les yeux et dont il doit lui avoir été donné communication n'autorise le son des cloches pour aucun baptême. J'ai l'honneur de vous saluer, Monsieur l'Évêque, avec une considération distinguée".

Le nouveau curé de Vic fait parler de lui dès son entrée en fonction. C'est un caractère entier, inflexible, voué corps et âme à son apostolat. Il est à Vic, en terre de mission. Voici un texte, sans date, qu'il a écrit pour un sermon, en chaire de vérité, comme l'on disait alors, sur le thème : "Qu'est ce que la religion ?"

"L'affaire la plus importante que les hommes aient sur la terre, c'est de connaître Dieu et Jésus-Christ et de se connaître eux-mêmes. C'est-à-dire de connaître ce qu'ils sont, pourquoi ils vivent, ce qu'ils doivent devenir après cette vie et ce qu'ils ont à faire pour être véritablement heureux, en un mot de savoir la religion et de vivre conformément à ce qu'elle prescrit. Jésus-Christ en apportant au monde sa religion s'est proposé d'instruire les hommes et de les rendre meilleurs. En effet, elle nous instruit de nos devoirs envers Dieu, envers les autres hommes et envers nous-mêmes.

La religion est le lien qui attache l'homme à Dieu et à l'observation de ses lois par les sentiments de respect, de soumission et de crainte qu'excitent dans notre esprit les perfections de l'être suprême et la dépendance ou nous sommes de lui comme de notre créateur.

La religion chrétienne a en particulier pour objet la félicité d'une autre vie et fait notre bonheur dans celle-ci. Elle donne à la vertu les plus douces espérances, au vice impénitent les plus justes alarmes et au vrai repentir les plus puissantes consolations mais elle tache surtout d'inspirer aux hommes de l'amour, de la douceur, de la pitié pour les hommes.

La religion éclaire, guide, rassure et console le fidèle. Aux yeux de l'incrédule, elle ne présente qu'obscurité, difficulté et contradiction. Autant est-il nécessaire que Dieu soit honoré et que la créature soit dépendante, autant est-il essentiel qu'il y ait une religion.

Sans religion l'homme reste le jouet de ses caprices, la victime infortunée de ses passions, de ses doutes et de ses erreurs.

Sans religion l'homme ignore ce qui lui importe le plus de savoir, il ne connaît ni son principe, ni sa fin, il ignore même de quelle manière il existe.

Sans religion il n'y a ni autorité, ni subordination, ni pouvoir, ni véritable obéissance. Si l'on ne craint le roi des rois, le seigneur des seigneurs, le maître abusera de son autorité et l'inférieur n'obéira qu'en esclave, la crainte empêchera une révolte, la religion les prévient toutes.

Sans la religion qu'y a t il de sûr dans le commerce ? Sans elle quel cœur ne s'écartera jamais de l'austère vertu ? Point de probité sans religion. La religion est le principe sur lequel tous les devoirs qui sont la vraie probité peuvent être sûrement établis. Ainsi quand Dieu nous commande de l'adorer et de ne servir que lui seul, il n'exclut pas les devoirs de la vie civile ; au contraire, il veut que nous rendions à chacun ce qui lui est du, l'honneur à qui appartient l'honneur, le tribut à qui est du le tribut, la religion nous apprend à faire tous les jours des vœux pour ceux qui nous gouvernent, la religion apprend à servir dans les armées avec une fidélité inviolable, à payer exactement et les tributs et les impôts publics.

Point de religion sans probité, c'est-à-dire sans une conduite irréprochable devant les hommes et sans une exacte régularité à remplir les devoirs de la vie civile.

L'apôtre prononce absolument qu'une telle religion est une religion vaine, la vraie religion continue le même apôtre consiste a être équitable, généreux, reconnaissant, soumis et obéissant, ce n'est autrement qu'un fantôme de religion.

Un peuple qui vit sans religion tombe dans l'aveuglement et s'endurcit dans le crime.

Puisque concluent les saintes pensées, la religion est si utile pour la vie présente et si nécessaire pour la vie future, s'il reste encore quelque zèle pour notre religion, vivons d'une manière non seulement qui lui fasse honneur mais qui la fasse aimer de ceux mêmes qui pourraient lui être le plus opposés, par ce moyen notre destinée sera différente de celle des infidèles".

Lettre du 19 juillet 1806

Monsieur, mon cher Honnert,

"Je vous remercie de votre honnêteté, il n'y a eu qu'une seule dénonciation contre moi à ce sujet. C'est de la part d'un quidam qui n'était marié que civilement. J'ai suivi à son égard l'usage ancien de la paroisse contre lequel personne n'avait réclamé jusqu'ici. Tout ce qu'on ajoute des enfants issus de mariages bénis par les prêtres constitutionnels est faux. Mon plus grand ennemi est M. le P.....Mgr. l'évêque ferait bien de le satisfaire en me donnant un successeur qui peut lui convenir. Comme je ne suis ici que pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, je me retirerai comme un véritable ministre de Jésus-Christ, la croix à la main. M. Lamarque (vicaire général) a ma défense que je lui ai fait passer dans le temps. Au surplus, Dieu a béni mon ouvrage en refusant le son des cloches à un fils de M. Voyer qui est celui qui me dénonce, puisque ce monsieur qui ne voulait aucunement entendre de bénédiction nuptiale, il l'a reçue le 8 courant. Monsieur, votre dévoué serviteur". Delcros Terrats, curé.

P. S - Au reste, je défie qu'on me prouve que j'ai jamais qualifié aucun enfant de bâtard (affaire Chatel). D'ailleurs, il ne peut y avoir différence dans les cérémonies pour aucun, mais on voudrait me nuire et compter que je désire ardemment sortir de la galère où je me trouve ; aussi, il n'y aura pas grande résistance de ma part".

Lettre du 1er novembre 1806

Monsieur, mon cher Honnert,

"Je présume qu'on veut me forcer à quitter Vic puisqu'on ne m'envoie pas le moindre secours. Je vous avoue que je suis accablé de travail et très fatigué de ma charge. Je ne saurais trouver de meilleur garant pour faire agréer mes profonds hommages à Mgr. l'évêque. Je suis dans les mêmes sentiments, monsieur, mon cher Honnert". Delcros Terrats, curé.

Note : De par la nouvelle division ecclésiastique de 1803 - article 9 du Concordat - la justice de Paix de Vic a une cure et cinq succursales. Caixon et Nouilhan sont desservis par un prêtre constitutionnel, François Cazaux, Artagnan est desservi par un curé non jureur, Michel Lapeyre, Pujo, Saint-Lézer et Sanous ont un prêtre jureur mais ayant rétracté avant le Concordat, Pierre Ribaut, Camalès a un prêtre non jureur, Jean-Nicolas Daveran et Andrest, Siarrouy et Talazac ont Pierre Gey, non jureur. Joseph Delcros Terrats a autorité sur eux et leurs rapports ne seront pas toujours faciles. Marsac et Villenave près Marsac seront rajoutées à ces cinq succursales.

La visite de Monseigneur

La visite pastorale de la paroisse eut lieu le 17 septembre 1807. Le procès-verbal de cette visite nous renseigne sur les éléments matériels de l'église Saint-Martin et pas du tout sur l'état d'esprit de ses desservants ou sur "la valeur morale et religieuse des paroissiens".

Ainsi, nous apprenons que le ciboire d'argent est "propre, très bien tenu et recouvert d'un voile de Damas cramoisi, galonné en or". Que la custode, pour porter le saint sacrement aux malades, fait d'un soleil pour exposer le saint sacrement et en donner la bénédiction au peuple est aussi d'argent "très propre et d'un assez bon goût". Que le calice avec sa patène est d'argent et "fort joli" mais qu'un autre, plus petit, est "fort usé et très petit".

Le mobilier de l'église est minutieusement inspecté. Sur le tabernacle qui est sur le maître autel, il y a "deux adorateurs et une gloire de bois doré qui auraient besoin d'être rafraîchis. Le retable qui représente Saint Martin, patron de la paroisse, est en bois doré. Sur l'autel, la croix avec son Christ est en bois doré". Les six chandeliers, de même. L'autel est en marbre, bien pourvu en linge, mais il aurait besoin de quelques réparations. Le tapis pour couvrir l'autel est "décent". Le marchepied de l'autel aurait besoin aussi de quelques réparations. Il y a une lampe de cuivre blanchi devant l'autel "assez décente". Elle brûle nuit et jour et "on fournit à son entretien par le produit des chaises de l'église". Il y a une clochette de fonte de "moïenne grandeur". Il y a quatre burettes de verre commun "assez propres". Le sanctuaire est éclairé par quatre fenêtres. Le balustre pour la communion est en bois et en très mauvais état. Les vaisseaux pour les saintes huiles se tiennent dans la sacristie. Les fonts baptismaux sont placés sous la tribune, "tout y est dans le plus grand ordre et bien tenu, les alentours auraient besoin de quelques réparations". La sacristie est apparue "très obscure, très petite, très incommode sous tous les rapports et surtout très mal placée". Dans la dite sacristie, il y a trois missels dont un "presque neuf et deux autres usés" et un pupitre. Il y a deux cahiers pour les morts en "assez mauvais état" , trois rituels "dont un grand en mauvais état, les deux autres petits", un graduel "assez bon", un antiphonaire "aussi assez bon" et un catéchisme neuf. Les visiteurs ont trouvé les registres de baptêmes, mariages et sépultures "très bien tenus". Quant au linge, il y a 12 corporaux, 54 purificatoires, 11 palles, 10 nappes d'autel, 5 nappes pour la communion, 38 essuie-mains pour l'autel, 14 amicts, 9 aubes, 9 cordons et 7 surplis dont la proportion de "bons" ou "usés" est assez égale. Il n'y a point de bonnet carré.

Le chapitre des ornements est plus fourni. Il y a 20 chasubles dont une de satin blanc galonnée de soie jaune "assez usée". Quatre rouges, la première de Damas galonnée en or, la seconde de satin galonnée en soie jaune, la troisième de velours ciselé brodée et la quatrième de laine galonnée de fil. Deux vertes, la première de soie galonnée de soie et la seconde de laine galonnée de fil. Quatre violettes, la première de Damas garnie d'une dentelle d'argent, la seconde de laine galonnée de fils, les deux autres de Damas, l'une galonnée en soie jaune, l'autre sans galon. Six de toutes couleurs, la première de drap brodé en or garnie d'une dentelle en or, la seconde d'un drap de soie sans galon, la troisième de laine galonnée de soie et les trois autres de soie galonnée. Et enfin, trois noires dont deux de soie et la troisième de laine. Chacune de ces chasubles, en général, est avec son étole, son manipule et son voile, le tout est en assez bon état.

Deux étoles de toutes couleurs pour l'administration des sacrements, quatre chapes dont la première de drap de soie brodée en or galonnée en soie avec la rotonde à frange d'or, la seconde de satin de toutes couleurs, la troisième de Damas vert sans galon et la quatrième de Damas noir, quatre tuniques avec ses dalmatiques dont deux de drap de soie de toutes couleurs sans galon et deux autres de drap brodé en or garnies d'un ruban. Il n'y a pas de parements d'autel mais il y a deux écharpes, pour donner la bénédiction du très Saint Sacrement, en taffetas blanc dont l'une à crépine d'or "assez propre" et l'autre très usée, un tour de dais pour la procession du Saint Sacrement "qui n'est guère décent" et le bois du dais "n'est pas non plus fort joli".

La croix processionnelle est en bois, sans Christ, trois bannières, un encensoir avec sa navette et une petite cuiller pour l'encens, en laiton, "dans le plus mauvais état possible". Une lanterne de fer blanc pour accompagner le Saint Sacrement, un drap mortuaire "assez bon", un bénitier portatif de fer blanc "qui ne vaut rien", deux goupillons de bois garnis de poil, quatre cierges pour le service divin les jours de dimanche et six les jours de fêtes solennelles, un éteignoir de fer blanc, une boite pour tenir les hosties en fer blanc et pas de croix pour l'Extrême-onction.

La nef a besoin de grandes réparations. Oui car le 27 mars 1803, la clef de voûte cèdait et détruisait une partie du sanctuaire, enfonçait le carrelage et brisait la boiserie du chœur. Des pans de l'arc-doubleau s'écroulaient aussitôt, défonçant les vieux tombeaux des chapelles. Il y a une chaire à prêcher "un peu délabrée", une tribune en "assez bon état", des bancs "dans le plus mauvais état possible" et des vitraux qui "exigent également des réparations".

Il y a quatre confessionnaux dont deux "assez bons" et les deux autres "très vieux". Il y a trois portes dont deux grandes et une petite, deux bénitiers fixes de marbre "tenus assez proprement" et point de tombeaux - ils ont été brisés - cinq chapelles dont deux à droite et à gauche du maître-autel, les trois autres dans les bas-côtés de l'église. Les deux premières connues l'une sous le nom de Notre-Dame de l'Assomption et l'autre sous celui de Saint Jean-Baptiste sont "assez décentes", les nappes, le te igitur, "tout y est dans l'ordre, en général, elles ont cependant besoin de quelques réparations". Quant aux trois autres, connues l'une sous le nom de Notre Dame-de-Pitié, l'autre sous celui de Notre Dame-du-mont-Carmel et la troisième sous celui de Saint Eutrope "auraient besoin de grandes réparations".

La commission épiscopale passe alors à l'extérieur et déclare que les murs sont "en assez bon état", le porche "passable", le clocher "a besoin de grandes réparations" - ces travaux seront faits en 1811 - et deux cloches se balancent au mur pignon à quatre arcades servant de clocher gothique toulousain. La charpente et le toit ont besoin "de grandes réparations". Le cimetière - accolé encore au mur pignon occidental - a été trouvé en bon état.

Pour ce qui concerne le temporel de l'église Saint Martin, la Fabrique n'a pas de dettes et les confréries se nomment du Saint Sacrement, Saint Jean et Saint Eutrope. On n'y célèbre aucune dévotion ou fête particulière et il n'y a pas de reliques. Quant aux offices, on y chante les vêpres, à deux heures et demie ou trois heures, tous les jours, et la messe de paroisse se chante aussi quotidiennement, à neuf heures et demie ou dix heures. On y pratique des processions pour les jours de Saint Joseph, de Saint Roch et des saints Fabien et Sébastien. Il est dans l'usage d'y exposer le Saint Sacrement en dehors de l'Octave de la Fête-Dieu - les jours du Sacré Cœur, du dimanche qui suit le jour de Saint Eutrope et de celui qui suit la décollation de Saint Jean-Baptiste. On s'enquiert, enfin, de savoir s'il y a des chapelles supplémentaires et il est répondu affirmativement pour Saint-Lézer et Sanous mais qu'elles n'ont pas le caractère de succursales, rurales ou domestiques et qu'il y a trois mille communiants.

Lettre de fin mai-début juin 1810

Monsieur, mon cher Honnert,

"Le dix-neuf du mois dernier, à six heures du matin, venant de me promener à la campagne, comme j'étais presque aux portes de la ville, je fus arrêté par un individu vêtu moitié soldat, moitié bourgeois, qui me demanda l'aumône. N'ayant rien sur moi, je l'invitai à venir au presbytère ou à l'église. Je lui demandais d'où il venait, il satisfit sur ce point, connaissant parfaitement le pays de l'Espagne qu'il avait habité. Où allez-vous ? lui dis-je encore. Il me répondit qu'il allait en Normandie et précisément dans un pays que je connais davantage (Bayeux). Il fit plus, il se dit fils d'une maison avec laquelle j'avais des relations intimes. Il me donna les renseignements qui paraissaient les plus certains. Les larmes coulaient de ses yeux, il me montra trois espèces de lingots d'or qu'il désirait engager ou vendre pour faire sa route d'une manière qui le mit à l'abri de mendier. Je fus si touché de son état, l'ancienne liaison qui existait entre la famille dont il se disait fils et moi se réveilla au point que je l'engageai de venir chez moi. Il n'accepta pas d'abord sous le prétexte qu'il devait joindre deux camarades qui avaient pris le devant de quelques pas et comme il me vit pressé, il me demanda l'heure à laquelle je pourrais être libre. Je lui assignai celle de midi. Il était rendu chez moi à onze heures et demie. Je lui donnai toutes les marques d'attachement qui furent en mon pouvoir. J'étais comme enchanté de voir quelqu'un qui me rappelait tant de souvenirs agréables, linge, bonne chère, tout fut prodigué, néanmoins je voulus m'assurer si les prétendus lingots étaient d'or. Il fit des façons pour me les confier et ce ne fut que lorsque je dis que je les fairais voir à un orfèvre qui demeurait en face de l'église, qu'il me les livra. Cet orfèvre est un protestant misérable, fainéant, à qui j'ai fait du bien, notamment dans une maladie qu'il a essuyé. Il est originaire de la Vendée et ne demeurait à Vic que depuis un an. Il m'assura que les lingots étaient du plus pur or. Sur sa parole, je baillai à l'individu cinquante louis du véritable or qui était tout mon avoir. Je devais garder les lingots jusqu'à ce qu'il m'écrivît pour les vendre ou les lui faire passer et, dans le premier cas, lui envoyer le surplus. Il partit joindre ses camarades à ce qu'il me disait. Deux jours après, j'ai été chez le même orfèvre pour les faire peser. Je le trouvais qui faisait son paquet pour décamper. Il fit le surpris en voyant les lingots et me dit qu'ils avaient été changés, que ceux-ci étaient de la (mot illisible). Je dois vous observer que dès que l'orfèvre m'eut dit la première fois qu'ils étaient d'or, l'individu ne les toucha plus, je les enfermai dans mon armoire. Je vis malheureusement trop tard que j'avais été trompé par l'orfèvre et je me rappelais alors que j'avais parlé à ce dernier quelques mois auparavant et d'une manière étendue de la famille de Normandie dont le fripon se faisait fils. Vous sentez bien que je lui prodiguai les reproches qu'il méritait. Il ne s'agit plus des cinquante louis qui sont perdus absolument. L'orfèvre a disparu à son tour, mais j'ai la désolation de savoir que deux bandits de ma paroisse sont véhéments soupçonnés d'être ses complices. Ils appartiennent à des familles considérées à un certain point. Obligé de sortir de nuit et de jour, jugez mon embarras, je n'ose aller me promener hors la ville. Je crains que je ne pourrai me passer de cet exercice auquel je suis habitué depuis plus de vingt ans, ma santé souffre déjà de cette privation. Cet événement l'a beaucoup altérée. Je suis persuadé que vous y serez sensible. Je suis surpris que Mgr. ne m'ait rien mandé touchant un certain M. Gascon".

Cette basse escroquerie eut raison des économies du curé de Vic. La lettre suivante, adressée au chanoine Honnert, nous apprend que l'horloger-bijoutier a probablement quitté le pays puisque son remplaçant lui inspire une grande méfiance.

Lettre du 21 avril 1811

Monsieur, mon cher Honnert,

"...Je saisis cette occasion pour vous remercier des honnêtetés dont vous me comblez par votre dernière, mais autant j'ai à me louer de vous et M. l'abbé Lallemand, autant j'ai à me plaindre de Mgr. l'évêque à qui je ne donnerai plus l'occasion de se venger des procédés que je reçois de vous deux. Occupé des devoirs de ma charge qui devient plus pénible pour moi tous les jours, je n'ai su que la cure de Pau était vacante que lorsqu'elle a été donnée. Mgr. n'ignorait pas que j'aurais été vu d'un bon œil à cette place. Il n'a pas daigné me l'offrir et c'était la seule qui pouvait me fixer dans le pays. Dans le temps, je lui ai écrit qu'un certain M. Gascon, vicaire de Lagarde, avait marié un de mes paroissiens sans ma déclaration de la publication des bans. Pour peu qu'il se fût informé de la moralité de ce M. Gascon, il l'aurait dégradé de toute fonction ecclésiastique. Malgré que j'ai demandé plusieurs fois ce qui avait été déterminé à cet égard, je n'en ai rien pu apprendre. J'ai su, au contraire, que ce M. Gascon a baptisé un enfant qui est venu à la suite de ce mariage, les parties domiciliées dans ma paroisse, mais je n'ai aucune preuve formelle de ce fait. Cela m'a été confié lorsque j'ai demandé à baptiser cet enfant qu'on m'a dit être baptisé. Il y a plus d'un an que j'écrivis à Mgr. qu'un nommé Lagarde, vicaire à Nouilhan, s'interrompait dans l'exercice du ministère. Je lui fis passer la preuve matérielle signée de ce M. Lamarque, je n'ai jamais pu savoir le cas qu'on a fait de ma plainte. Je pourrais aller plus loin pour justifier mes justes plaintes mais je préfère vous entretenir des sentiments d'estime, d'attachement et de respect que je conserverai toute ma vie en quelque lieu que je sois tant pour vous que pour M. l'abbé Lallemand. Je vous prie de les agréer". Delcros Terrats, curé.

Lettre du 11 avril 1812

Monsieur, mon cher Honnert,

"...Je vais vous entretenir d'objets aussi sérieux dont ma conscience va se décharger. Nous avons à Vic un hospice dont le service est peu considérable, tout au plus six malades dans l'année. Lorsque vous envoyiez dans le temps le règlement du 21 avril 1806 sur les hospices, feu Combessies, maire, me pria de m'en charger, j'ai fait le service jusqu'à ce jour, il y avait alors à la tête de la maison une femme âgée et respectable qui remplissait assez bien son devoir. Elle mourut il y a cinq ans. L'on mit à sa place une fille d'environ cinquante ans ayant tous les vices de son sexe et n'ayant jamais donné la moindre marque de religion, quo suit, quo suit... et enfin une des maîtresses de Darrabiat (Madeleine Lataste) pendant qu'il a été curé constitutionnel ayant eu des enfants ensemble et cela frauduleusement. Cette malheureuse reçoit des jeunes filles...vous devinez tout le reste. J'ai fait tout ce que la charité m'a inspiré pour la ramener à Dieu et tout ce que la prudence m'a dicté pour la faire chasser. J'ai échoué. Mais me direz-vous, qui sont les administrateurs ? Des personnes que Darrabiat a placées et qu'il conduit. J'ai été forcé pour répondre à l'indignation de tout ce qu'il y a d'honnête de déclarer à ces messieurs les administrateurs que tant que cette fille serait dans la maison, je n'y mettrais plus le pied. Vous vous doutez bien que les malheureux qui ont été forcés de recourir à cet asile, ont été les premières victimes de son peu de charité. M. Baile m'a dit qu'il a refusé la place d'aumônier qui lui a été offerte. On m'a rapporté que l'abbé Dubertrand a aussi refusé, mais on m'a ajouté que l'abbé Bédouret qui devrait être interdit depuis longtemps à cause de sa folie qui va croissant tous les jours allait accepter. Cet homme qui fait mon désespoir depuis que je suis ici par les entreprises avec les pouvoirs illimités dont tous se disent revêtus, va mettre le scandale au comble dans cette maison si vous ne lui retirez les pouvoirs de confesser quoiqu'il ne confesse que les mauvais sujets qui sont dans le cas de se marier et quelques libertins de collège. Le mal qu'il fait est incalculable, il est incapable de suivre le règlement sur le service des hospices, il fera dans cette maison ce qu'il fait dans les campagnes lorsque quelque prêtre est malade, on irait pour rire. Vous devriez charger de cette tâche le paresseux abbé Dubertrand qui ne confesse qu'une trentaine de personnes qui lui donnent des messes grasses et qui ne parait dans toute l'année qu'aux vêpres de Pâques. Les bontés que vous avez pour moi m'engagent à vous dire ma façon de penser sur les pouvoirs illimités dont tous les simples prêtres se disent porteurs avant la Révolution. J'ai vu qu'on ne les donnait à certains prêtres que sur la demande des curés. Ne feriez-vous pas mieux d'en revêtir les seuls curés avec pouvoir de les déléguer à ceux qu'ils croient dignes de cette confiance et qu'ils jugeraient en avoir besoin ? Votre feu collègue Lamarque a été plus loin, il a donné à M. le curé d'Artagnan et à M. Baile le pouvoir même de bénir les ornements sacerdotaux, cloches, etc. Je suis convaincu des pouvoirs de ces messieurs. Je ne sais si Bédouret et consorts n'en ont pas autant. Ainsi le curé loin d'avoir la considération qui devrait appartenir à sa place, n'y est que pour en porter le poids. Quant à moi, je suis si accablé du mien que je ne puis plus me tenir debout. Ne concluez pas de là que je désire des aides, mon état serait pire. Je le crois, l'expérience m'a convaincu que tant qu'il me viendra des vicaires, on en fera des ennemis et je ne puis parer le coup. On n'a pas d'autre moyen de m'inquiéter et quand je serais forcé de tendre la main, j'abandonnerais volontiers une place que j'ai remplie jusqu'ici avec l'honneur de mon état et le rôle du pasteur. Vous pouvez me demander encore qui sont ceux qui débaucheraient ces vicaires. Je vous mets en tête les prêtres. Je ne sais positivement si M. Bédouret est du nombre, sa mauvaise santé ne lui permettant que de dire la grande messe, il a soin de me prévenir. Mais ajouterez-vous, qu'avez vous fait à les aider ? L'expérience publique que j'ai acquise à la sueur de mon front et la sévérité de ma conduite, voilà leur jalousie. Je désire que celui qui me remplacera prêche tous les ans carêmes, octaves, avents, grandes fêtes, prônes, impromptus, catéchismes. Je viens de le faire pendant huit ans et je n'ai répété qu'une seule fois les mêmes services, même en changeant beaucoup de choses. À l'heure qu'il est, j'ai confessé plus de mille personnes pour le temps pascal. Le nombre de celles qui ont fait la première communion depuis que je suis à Vic est plus grand ! "

Note : quo suit, quo suit = à cause de cela (ou sens approchant).

Ce courrier traduit bien la difficulté du curé de Vic pour vivre pleinement son apostolat. Mal entouré par des prêtres malades et ayant perdu le goût pour l'effort sacerdotal, il ressent d'autant plus ses faiblesses physiques que son caractère, toujours inflexible, et sa propre sévérité, qu'il reconnaît volontiers, alimentent son amertume envers la société civile aux mains de paroissiens qu'il ne comprend pas toujours et de prêtres constitutionnels qu'il abhorre. Son désespoir est grand de devoir quitter son poste parce que trahi par des forces qui déclinent et la proposition qui lui est faite d'aller ailleurs qu'à Pau, lieu qu'il chérit particulièrement pour y avoir vécu en paix avant sa nomination à la cure de Vic.

Lettre du 29 avril 1813

Monseigneur,

"Ma paroisse a un besoin urgent et absolu d'un vicaire. Je suis dans l'impossibilité de chanter la grande messe. C'est pour la seconde fois que le jour des Rameaux, j'ai eu une défaillance qui a failli m'emporter à moitié Passion. Depuis cette époque, je ne dis une messe basse et même de grand matin, qu'avec beaucoup de peine. Je suis obligé de sortir à tout moment du confessionnal, je suis épuisé par le travail. Les prêtres de Vic ne peuvent me donner aucun secours. MM. Bédouret et Dubertrand ne disent la messe que rarement à cause de leur âge et de leurs infirmités. M. l'abbé Baile qui a été jusqu'ici ma ressource vient d'essuyer un événement triste. Ayant glissé près d'une voiture, la roue lui a passé sur le genou droit et le pied gauche, ce qui le met dans l'impuissance de venir à mon secours. Il faut à Vic un vicaire qui se laisse conduire ou qui sache se conduire. M. l'abbé Baile pense que celui qui est actuellement à Rabastens a une meilleure santé que moi, tout au plus s'il a le quart de ma besogne. Je ne m'étends pas davantage. Vous ferez droit à ma demande ou par ce M. ou par un autre, je ne suis tenu qu'à ce que je puis faire. J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, Monsieur, votre très humble et très attentionné serviteur. Delcros Terrats, curé."

Lettre du 9 mai 1813

Delcros Terrats écrit au chanoine Honnert pour lui relater les termes de sa lettre à monseigneur qui ne "daigne pas lui répondre" mais "soyez persuadé que la commune va s'adresser au ministre des Cultes pour forcer Mgr. à être juste. Il a eu la cruauté de me laisser seul dans ma paroisse tandis que M. le curé d'Ossun qui n'a pas mon ouvrage en a eu toujours deux. Ma santé est presque sans cesse éprouvée. Je n'ai pas la force, ni le temps, de vous en dire davantage, le commissionnaire me presse. Je vous prie de m'honorer d'une réponse. Recevez mes sincères respects". Delcros Terrats, curé.

Lettre du 19 février 1814

Monsieur, mon cher Honnert,

"...Vous me dites que personne ne veut remplacer M. Lallemand. Lors de la mort de M. Lamarque, ce premier me proposa de remplacer ce dernier. Ce fut à Tarbes chez M. Salles et en présence de deux prêtres qu'il me fit la proposition et depuis il m'en écrivit encore. Je ne sus pas alors que cette place put me convenir, il en est autrement aujourd'hui. J'attends la paix pour quitter Vic. J'ai une extinction de voix accompagnée de langueurs qui sont le prélude de ma décadence. Je ne puis rester à jeun et bientôt ne plus prêcher, ni confesser. Vous sentez que je ne puis être curé dans mon cas, d'un autre côté ne pouvant rester à Bayonne à cause de l'air de la mer qui m'est contraire. Ce ne serait que tout autant que Mgr. l'évêque me permettrait de rester à Pau que je pourrais occuper cette place s'il me jugeait digne de sa confiance. Au reste, je n'ambitionne ni ne méprise cette place que j'ai remplie pendant deux ans à Caen, lorsque j'étais professeur en droit canon, à l'université de cette ville, chaire que j'eus à la dispute sur trois concurrents. Mgr. de Caylus, évêque de Bayeux, me donna son suffrage et me fit son grand vicaire. Je n'entre dans ce petit détail que pour vous instruire que je ne serais pas étranger à cette place, que je pourrais mieux remplir actuellement que celle délivrée par les raisons susdites. Ainsi, il me parait qu'il vaudrait mieux que Mgr. eut un grand vicaire à Pau qui serait chargé des diocèses des alentours que d'en manquer. Le meilleur agrément que j'aurais serait de cultiver de plus près l'affection que j'ai pour Mgr. et pour vous. Je vous prie d'agréer l'un et l'autre l'hommage de mon profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être Monsieur et cher Honnert, votre affectionné serviteur". Delcros Terrats, curé.

Lettre du 16 septembre 1814

Monsieur, mon cher Honnert,

"...Nous avons eu l'armée française pendant trois semaines en carence, beaucoup de mes paroissiens ont décampé, ma maison était remplie de soldats, il m'en a coûté de huit à neuf cent francs, ainsi vous n'avez pas lieu de vous plaindre des aumônes pascales. ...Je ne vous dirai pas ce qui se passe dans mon canton relativement au saint ministère. Cela vous importe peu ce qu'on peut dire, mais seulement par motif de conscience je vous apprendrai qu'un nommé Senac, prêtre, qui n'a jamais été approuvé, fait des mariages à Artagnan où il dit la messe. Lorsque je lui ai écrit, il n'a pas daigné me répondre, voilà ce qui s'appelle agir en bonapartiste. Daignez me croire avec les sentiments les plus respectueux, Monsieur et cher Honnert, votre attentionné serviteur". Delcros Terrats, curé.

Note : Les effets de la retraite du maréchal Soult poursuivi par Wellington, le duc de fer, furent très sensibles en Bigorre, depuis la Rivière-Basse jusqu'à Tarbes et la partie sud-est du département.

Lettre du 28 septembre 1815

Monseigneur,

"Un sieur Rovira, officier de santé, espagnol, diocèse de Barcelone en Catalogne, réfugié en France lors de la chasse de Joseph Bonaparte et domicilié à Vic, désirerait s'unir en mariage avec une dame de la paroisse. Je n'ignore pas que les étrangers n'ont pas droit de communauté en France qu'ils n'aient obtenu des lettres de naturalisation. Le sieur Rovira n'est pas dans ce cas, mais ce que j'ignore et que je désire savoir s'il n'y aurait pas quelque ordre du gouvernement qui empêcherait cette classe d'étranger de se marier. Les réfugiés ne sont pas des étrangers ordinaires, ils peuvent être renvoyés d'un moment à autre, ce sont une espèce de prisonniers que le général protège (général commandant l'armée des Pyrénées Orientales), à qui il donne des secours et qui ne peuvent se retirer, absolument parlant, sans son approbation. Ainsi quoique le susdit Rovira ait été publié dans son diocèse et que ses papiers soient en due forme, je ne le marierai qu'après des ordres de votre part dont je ferai mention dans l'acte du mariage. J'attends avec impatience le sort du clergé. Je suis dans l'impossibilité de continuer mes fonctions par l'épuisement de ma santé. Si je ne puis célébrer la messe jamuis clausis (dorénavant enfermé) dans un de mes appartements, lorsque le temps sera froid, je dois y renoncer, je n'en ai pas dit cinquante dans six mois. Je ne puis rester à jeun, pour peu que je parle, je m'évanouis et ma voix finit de s'éteindre. Je suis atteint d'un enrouement depuis neuf mois qui a résisté à toutes sortes de remèdes. Voilà ce que j'aurai gagné à Vic où on m'a laissé sans vicaire lorsque ceux de Tarbes et d'Ossun en avaient deux. Cette dernière persécution suscitée par la faiblesse et la lâcheté de nos curés de Tarbes qui ne seront jamais mes modèles a mis le comble à mes maux. Je finis un article qui me soulève encore. Daignez me faire réponse aussitôt sur le premier article de ma lettre. Ne doutez pas de la continuation de mes vœux pour tout ce qui pourra vous être utile et agréable. C'est dans ces sentiments que je vous prie d'agréer l'hommage de mes profonds respects avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monseigneur, de votre grandeur le plus humble serviteur". Delcros Terrats, curé.

Rovira est chirurgien espagnol. Chaudement recommandé par le maire Antoine de Pujo, baron de Lengros (Gers), et les sœurs de la Charité, arrivées à Vic, fin 1814, pour remplacer Giffard, chirurgien de l'hospice, "comme s'étant permis des procédés outrageants pour ces dames". Il se présente, le 7 janvier 1816. Il a perdu son diplôme mais peut étaler "les connaissances les plus exactes de la chirurgie". De plus, il produit un état authentique de ses services et fonctions dans les différents grades auxquels il a été promu. Également, un certificat accordé par les officiers du régiment de chevau-légers auquel il appartenait. Enfin, sa douceur de caractère est un gage sûr pour "remplir avec zèle les fonctions de son état dans l'hospice de cette ville".

Le Préfet accepte sa nomination. En 1829, il remplace le vieux médecin Laffeuillade. Le Préfet le nomme "médecin opérant près l'hospice de Vic". En 1848, il est membre du conseil municipal (il a donc été naturalisé). Il est la risée de ses collègues, n'ayant jamais pu se débarrasser de son accent. Il restera médecin, pendant 37 années, jusqu'à sa mort, en 1853.

Lettre du 8 octobre 1815

Monseigneur,

"Je n'ignore pas que les étrangers peuvent se marier en France pointis ponendis (?), mais comme le sieur Rovira se trouvait en outre engagé dans les troupes de Joseph Bonaparte, j'ai voulu savoir si cette circonstance lui serait fatale. Je n'ignore pas non plus ce que disent les canons à l'égard de la permission que je vous ai demandée, mais comme je l'ai vu pratiquer aux diocèses de Rouen et de Paris pour des prêtres infirmes qui ne pouvaient se rendre à l'église. Je me suis appuyé de ces exemples plus pour l'acquit de ma conscience que pour tout autre, je ferai d'autres prières. Je suis surpris que vous ignoriez le peu de volonté des prêtres de Vic à me donner quelque secours. M. Baile a fait tout ce qu'il a pu tant que sa santé l'a permis. Les autres n'ont jamais eu le vouloir et je crois que leurs infirmités et leur âge ne leur permettent plus de travailler. M. Bédouret vient parfois aux offices. Ainsi je ne puis compter que sur mon vicaire. Il est des moments et ils ne sont pas rares que je fais plus que je ne puis ce qui me laisse beaucoup d'insomnies. Je présume que l'arrivée de Bonaparte vous empêchâtes de m'envoyer un certificat détaillé de ma conduite pendant la Révolution. C'est un acte de justice que je réclame. Je travaille à avoir un canonicat (dignité de chanoine) au joyeux avènement de Perpignan, ma patrie, si l'évêché y est rétabli comme on l'espère où dans les environs. Voici le véritable sujet de ma lettre. Je m'étais intéressé dans le temps pour M. Laguens. Vous eûtes égard à ma recommandation. Il a quelques traités de théologie qu'il sait assez. Il joint à son application beaucoup de piété. Je lui vois plus d'humilité qu'on n'en aperçoit dans les nouveaux prêtres du jour. Il appartient à des parents pauvres. Il a l'âge pour être promu aux ordres sacrés. Il désirerait une place gratuite, cette année, au séminaire. Je ne doute pas qu'après le rapport écrit que je vous fais, vous hésitiez à la lui accorder. Je vous remercie de toutes les honnêtetés que vous me dites. Daignez agréer l'hommage du plus profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monseigneur, de votre grandeur le plus dévoué serviteur". Delcros Terrats, curé.

Lettre du 9 février 1816

Monsieur, cher Honnert,

"J'ai été étonné de ce que vous me dites de Mgr. Je croyais être mort dans ses attentions. Dans quelle vue me dites-vous que Mgr. est fort affecté de ce qu'on le presse pour destituer les prêtres bonapartistes. Je vous dirai franchement que tout ce qu'il y a de mieux (la tendance des prêtres insermentés) est fort surpris que cette opération ne soit pas faite. S'il avait eu la moitié d'une croyance aux revenants, il n'aurait pas placé un Péteil à Bagnères, ni un Baradère à Pau. Le premier reçoit souvent la visite des gendarmes comme receleur des Barére et consorts, le second n'est pas à son aise à Pau, vous en savez plus que moi. On est pas moins surpris de la nomination des jeunes prêtres à des cures. On ne peut comprendre que Mgr. les présente aux anciens qui ont tout sacrifié pour la religion, qui savent au moins douter et connaître l'occasion prochaine mais qui n'ont pas, il est vrai, la présomption des jeunes. M. Caseneuve, par exemple, récompense mal son curé de tant d'attentions. Comment Mgr. a-t-il pu lui donner les ordres sans exiger un certificat de vie et mœurs de son livre. Ce monsieur a été presque toujours fixé à Vic, les trois courts voyages qu'il a fait à Auch ou à Toulouse ne peuvent pas lui avoir donné une grande science. Il a passé l'interstice du diaconat à la prêtrise, en s'amusant à Bagnères et néanmoins le zéro se croit plus savant que son curé. Personne ne doute que si M. d'Antin fut resté en place, il n'eut été vicquois, il faut vivre pour voir de tels miracles. Voilà bien du travail à faire et refaire. Je vous prie d'agréer la sincérité de mes sentiments respectueux". Delcros Terrats, curé.

Lettre du 18 mai 1816

Monsieur, mon cher Honnert,

"Je vous donne connaissance que M. Roch Cazaubon Lavedan, ancien minime et prêtre est décédé le 13 courant. Si j'avais su Mgr. à Tarbes, j'aurais été lui faire ma révérence. Il en était parti lorsque je l'ai appris. Il a pu se convaincre de la vérité de ce que je lui disais dans ma dernière lettre. Voyez s'il est possible d'envoyer un second vicaire à Vic qui en a extrêmement besoin. Je suis au bout de ma course, je dis très rarement la messe, je ne puis rester longtemps à jeun. Si j'avais vu Mgr. il n'aurait pas balancé à acquiescer à ma demande. Je vous embrasse avec les mêmes sentiments que vous me connaissez". Delcros Terrats, curé.

Le 3 juillet 1816, le conseil de fabrique observe, qu'en 1789, les rentes de fondations pour messes étaient au moins le double de ce qu'elles sont aujourd'hui. "Certains capitaux ont été versés par les débiteurs dans les caisses du gouvernement révolutionnaire et plusieurs autres ont été cédés à l'hôpital de Tarbes qui en retire la rente annuelle. L'état de ces rentes avait été adressé à monseigneur l'évêque de Bayonne avec toutes les pièces à l'appui, il y a environ six ans, pour obtenir la réduction des messes, sans avoir eu d'autre réponse qu'un simple accusé de réception. Cette circonstance est cause que les débiteurs ne s'acquittent pas. Il serait à désirer que le roi rendît une ordonnance, à son égard, qui éviterait aux débiteurs des frais considérables et aux prêtres beaucoup de désagrément".

Lettre du 31 août 1816

Monsieur, mon cher Honnert,

"Je vous remercie de l'honneur que vous me faites en me disant dans votre dernière que Mgr. est bien aise que je reste à Vic. C'est sans doute pour me punir de mes péchés qui n'ont encore occasionné aucun scandale et qui ne m'ont jamais fait manquer à mon devoir. Mgr. ne peut ignorer que j'y suis malgré moi. Mon vicaire est le seul prêtre disant la messe à poste fixe. M. Bédouret et moi ne la disons que très rarement. M. Baile n'est pas toujours à Vic. On a besoin d'un nouveau vicaire, les fonds (?) sont faits pour le premier octobre. Vous aurez la bonté de le représenter à Mgr. qui fera comme il l'entendra. Je ne vous en écris que pour l'acquit de ma conscience et après les demandes réitérées du Conseil de Ville. Je vais partir au premier jour ou pour Bagnères ou pour Toulouse, ma santé est épuisée. Je suis à la veille de ne plus pouvoir prêcher, ni confesser, parce que ma voix s'éteint après quatorze ans d'un travail extraordinaire. Mon esprit a besoin d'une grande distraction et mon corps d'un long repos. Agréez, Monsieur, mes sentiments respectueux et daignez faire agréer le même hommage à Mgr". Delcros Terrats, curé.

Le ton de cette lettre est dramatique, un véritable appel au secours. Le curé de Vic est au bout de ses forces. Quelques mois plus tard, une autre main supplée à la sienne pour écrire à Monseigneur.

Lettre du 14 février 1817

Monseigneur,

"Je n'ai pu répondre plus tôt à votre lettre du 6 courant. Une défaillance qui me prit, il y a quinze jours, a mis le comble à mes maux. J'ai été entièrement privé de la vie pendant huit jours et encore j'ai besoin d'une main étrangère pour vous écrire la présente. Il y a trois ans que je vous écrivis que je ne pouvais plus chanter de grande messe ayant eu plusieurs défaillances à l'autel qui m'avaient empêché de continuer le saint sacrifice. Si alors vous aviez pu avoir pitié de moi en m'envoyant un second vicaire, j'aurais pu durer quelque temps de plus et, aujourd'hui, je suis condamné à ne pouvoir, peut-être, plus confesser, ni prêcher. La municipalité et la fabrique, sensibles à mes besoins, prirent à cette époque une délibération pour avoir deux vicaires. La municipalité donne 700 francs exactement payés, la fabrique 300 francs, ce qui fait 500 francs pour chaque vicaire. Je doute que M. Tilhou ait encore dit une messe basse moins d'un franc cinquante centimes. J'y joins encore une partie du Casuel. Quel est ce desservant de la campagne qui en a autant et qui soit si exactement payé. Je vous ai instruit de tout cela dans le temps et j'attends encore la réponse. Daignez donc me l'envoyer le plus tôt possible parce que je ne puis rien faire et quoique ma mauvaise santé retarde mon voyage de quelques jours, je profiterai du premier moment favorable pour partir. Si monsieur l'abbé d'Alincourt m'eut fait la grâce d'attendre ma réponse avant d'écrire à M. le maire de Vic, il aurait pu allier son extrême politesse à l'obligation où il est de défendre les ecclésiastiques lors qu'ils ont la raison et la justice pour eux. La lettre ci-jointe de M. Ferrère, curé de Saint-Jean, à Tarbes, vous prouvera que je ne suis ni le premier, ni le seul qui ait reçu la cire du catafalque, mais bien peut-être le seul à qui on l'ait disputé, mais c'est une affaire finie selon vos vœux. Je prends toute la part aux afflictions que vous ont causé la mort de MM. votre frère et votre neveu. C'est ainsi que Dieu nous détache de tout ce que nous avons de plus cher dans le monde pour que nous nous attachions plus aisément à lui. J'ai l'honneur d'être avec un très profond respect, Monseigneur, de votre grandeur le très humble et très obéissant serviteur". Delcros Terrats, curé.

Cet appel à l'aide est pathétique. Ce sera le dernier. Joseph Delcros Terrats sent ses forces le quitter et, absolument épuisé, il rend l'âme, le 27 mars 1817, à Vic-Bigorre, à l'âge de 66 ans. C'est son vicaire "non jureur", en qui il a pleine confiance, qui lui succède le 7 mai 1817. Blaise Baile, par l'ordonnance de "Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre" et de Lainé, ministre, secrétaire d'État au département de l'Intérieur, devient le successeur de Joseph Delcros Terrats.

Le 22 juin 1817, devant le vicaire Jean Marie Marmouget, enfin nommé, le nouveau curé de Vic se présente. Mis en possession réelle et personnelle de la cure ou église paroissiale de Saint-Martin de Vic, en vertu de l'autorisation donnée par "Monseigneur l'illustrissime et révérendissime Joseph Jacques Loison, Évêque de Bayonne" lecture lui est faite par son premier vicaire, à haute et intelligible voix, de l'institution canonique en date du premier avril.

"Nous l'avons conduit au principal autel qu'il a baisé avec respect, ainsi que le livre des évangiles ouvrant ensuite le tabernacle, il a adoré le très saint sacrement et a touché le ciboire du maître autel. Nous l'avons conduit aux fonts baptismaux où il a ouvert la cuvette qui contient l'eau dont on se sert pour administrer le baptême. Nous l'avons conduit également au confessionnal où il s'est assis, à la chaire où il s'est assis aussi et enfin, sous le clocher où prenant la corde de la cloche, il l'a tintée par trois reprises. Desquelles cérémonies servant à constater la mise en possession, nous avons dressé le présent acte, le jour et an que dessus, en présence de messieurs Maigné de Sallenave, maire de la présente ville de Vic, Beaute, premier adjoint, Baserque, deuxième adjoint, Bédouret, prêtre habitué, Tilhou, vicaire et autres personnes qui ont signé avec nous et le susdit maître Blaise Baile".

Blaise Bayle était vicaire de la paroisse Saint-Martin depuis quinze ans, au 30 juin 1791, mais prêtre réfractaire, il dut s'effacer devant les vicaires constitutionnels du curé Darrabiat.

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Je dédie ce texte au regretté chanoine Jean-Baptiste Laffon, historien, doyen du chapitre cathédral de Tarbes et vice-président de la Société Académique des Hautes-Pyrénées qui m'a aidé et conseillé pour la consultation des archives du grand séminaire de Tarbes, en 1990. Il avait bien voulu préfacer mon ouvrage "L'Eglise Saint-Martin de Vic-Bigorre", publié par la Société Académique, en 1988. J'y ai trouvé la correspondance du premier curé concordataire de Vic-Bigorre et des documents sur la vie paroissiale du canton de Vic-Bigorre, au XIXe siècle.
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