Platon, le soldat perdu

 

Comment un officier de marine, à la carrière exceptionnelle, a-t-il pu être compté parmi les plus ultras de la collaboration ? Il fit partie de la « foule des égarés » dont parlait François Mauriac.

Né le 19 septembre 1886, à Pujols-sur-Dordogne, Charles Platon est issu du milieu social cévenol converti au protestantisme (1). Père bibliothécaire à la faculté de droit de Bordeaux, mère professeur à l'École normale d'instituteurs, le jeune Charles veut devenir marin.

Admis à l'École navale à dix-huit ans, il en sort dans un rang honorable. Aspirant de 1re classe, en 1907, il « voit du pays » et aspire à commander les sous-marins. Ces supérieurs ne tarissent pas d'éloges sur lui : « Officier remarquablement doué à tous les points de vue, haute valeur morale et professionnelle, à utiliser et à faire avancer… ». Lieutenant de vaisseau, en 1917, capitaine de frégate, en 1922, sous-chef d'État-Major, en 1931, commandant la 10e division légère de contre-torpilleurs, en 1935, Platon est nommé à la tête de la Marine, à Dunkerque, le 1er décembre 1937. En octobre 1939, il est promu contre-amiral et commande le groupe Dunkerque-Calais-Boulogne. Il a 53 ans.

Le 10 mai 1940, c'est l'invasion allemande. Le 18 mai, à Dunkerque, c'est l'horreur. Sur le port et en ville, les victimes se comptent par centaines. Le contre-amiral y est admirable. Et puis, Londres décide l'abandon de la ville martyre et le réembarquement des troupes alliées.

Comme ses supérieurs, Platon est un anglophobe obstiné. La présentation par la presse anglaise du désastre de Mers El Kébir, le 3 juillet 1940, comme une grande victoire navale, rend les marins français furieux et le contre-amiral entre dans une rage dangereuse pour son équilibre psychique. L'Armistice est signé. Dès l'entrée en fonction du Maréchal, Platon, lui le protestant strict et austère, change brutalement. Guidé par une sorte de paranoïa, il se croit la victime personnelle des événements.

Le maréchal Pétain l'appelle au secrétariat d'État aux Colonies. Rapidement, l'amiral de la Flotte Darlan, de Laborde et Platon considèrent que l'ennemi c'est l'Angleterre. De là, l'adhésion au « pangermanisme » et la reconnaissance à l'Allemagne d'un rôle messianique, favoriseront une collaboration déterminée, totale. Vichy lui a confié la lutte contre la franc-maçonnerie responsable, selon le gouvernement, de la guerre et de l'armistice !

Platon oublie, alors, sa rigueur morale, sa droiture intellectuelle, sa foi chrétienne. Le 27 novembre 1942, le sabordage de 61 navires français, à Toulon, le fait basculer dans un état de fureur aiguë qui fera dire au Maréchal, plus tard : « Mais il est fou ! ». Laval le contraint de se retirer à Pujols, le 26 mars 1943.

Arrêté à son domicile par les FTP, le 22 juillet 1944, il est exécuté après un jugement sommaire, le 28 août, pour intelligence avec l'ennemi. Digne et hautain, il commandera la mise en joue et le feu aux trois hommes du peloton. Un beau livre fort bien documenté.

(1) "Le Vice-Amiral Platon (1886-1944) ou les risques d'un mauvais choix" - Jean-Marc Van Hille - Préface d'Etienne Taillemite - Édition PyréGraph - septembre 2003.

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